- Tribune

Défendre les contrats aidés, c’est défendre le bénévolat

emplois aidés conséquences football
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Dans cette nouvelle tribune, Pierre Rondeau, Économiste du Sport et Professeur à la Sports Management School, et Richard Bouigue, Premier Adjoint à la mairie du XIIème arrondissement de Paris et Directeur Général aux politiques au Parti Socialiste, tous deux auteurs du livre Le Foot va-t-il exploser, dénoncent la baisse progressive des emplois aidés décrétée par le gouvernement Philippe et ses lourdes conséquences sur le tissu associatif français.

Alors que les députés Marie-George Buffet (GDR) et Pierre-Alain Raphan (LREM) ont remis un rapport à la commission des affaires culturelles et de l’éducation de l’Assemblée Nationale sur les conséquences « de la baisse des emplois aidés dans les associations culturelles et sportives », il nous est apparu indispensable de dénoncer les effets désastreux annoncés.

Dès juillet 2017 et sans aucune concertation ni compensation, le gouvernement d’Emmanuel Macron avait annoncé la baisse progressive des emplois aidés, de 310 000 en 2017 à 200 000 en 2018 et le tissu associatif français semble très mal réagir à ce coup de rabot.

Des subventions et des aides en moins, sous couvert du nécessaire assainissement des finances, c’est autant de soutien et de solidarité qui disparaissent sur nos territoires, c’est la mort annoncée de nombreux clubs sportifs et d’associations culturelles, ce sont des investissements dans le capital humain et le capital social qui s’évaporent.

C’est une confiance en chute libre, un moral et un engagement en décrépitude. Sans les aides d’Etat, sans les subventions vers les emplois d’insertion, c’est tout un système d’échange qui disparait, c’est une défense et une protection du bénévolat qui meurt.

Sans les emplois aidés dans le monde culturel et sportif, comment pourra-t-on organiser les événements locaux, garants de la cohésion et de la fraternité ? Qui s’occupera des grandes soirées de foyers ruraux sur le théâtre amateur, des randonnées culturelles, des découvertes du patrimoine ou des festivals de chorale ?

Un salarié d’une association est une personne indispensable à sa survie, à son bon fonctionnement, à son bon déroulement. Sans elle, plus rien n’est possible, plus de transmission, plus d’organisation, plus d’action, plus de services publics de proximité, plus de solidarité.

D’après l’écrivain Erik Orsenna, « dans la culture comme dans le sport, s’il n’y a pas d’emplois aidants, il n’y a plus de bénévoles ».

Le pays compte 1,3 million d’associations, dont 42% ont pour activité principale le sport ou la culture, soit 545 000 associations. Parmi celles‐ci, 12% sont des associations employeuses. Le danger, si rien n’est fait, est de les voir toutes mourir.

Auront-elles les moyens de leur ambition ? Auront-elles suffisamment de liquidités et de fonds pour se pérenniser, pour maintenir leurs objectifs et leurs actions sociales ?

Dans le domaine particulier du sport, le comité national olympique (CNOSF) alerte sur une potentielle disparition de 20 000 emplois, pourtant nécessaires et utiles. Les seules ressources récupérées par les licences sont bien trop maigres pour faire face aux nouvelles contraintes économiques. Précisément parce que le ticket d’entrée est faible, parce que le but d’un club est de ne discriminer personne, d’accueillir le plus de monde possible, quel que soit son origine sociale ou son statut.

Si l’on veut éviter ce grand péril, il nous apparait indispensable d’exiger un moratoire sur la suppression des contrats aidés, une revalorisation exceptionnelle de l’activité bénévole, une hausse unilatérale des budgets du centre national de développement du sport, des ministères des sports et de la culture et, enfin, la création d’un secrétariat d’Etat chargé spécifiquement de la vie associative.

Il ne s’agit pas d’un problème secondaire mais d’un sujet ô combien important. Abandonner aujourd’hui ce mouvement, c’est mettre en péril toutes les générations futures, toute la cohésion sociale du pays et toutes les formes de solidarité.

Pierre Rondeau et Richard Bouigue sont auteurs du livre Le foot va-t-il exploser : pour une régulation du système économique du football dont la sortie est prévue pour le 03 mai prochain

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