Edito

Il faut soutenir la concurrence dans le football

édito concurrence football
b-hide the scene / Shutterstock.com

Dans ce nouvel édito, Pierre Rondeau, Économiste du Sport, défend les clubs considérés comme « nouveaux riches » sur la scène européenne tout en s’en prenant aux dirigeants dénonçant la politique d’investissements menée par le PSG ou encore Manchester City.

C’est devenu à la mode de dénoncer les actions et les politiques des nouveaux riches du football. Pas plus tard que la semaine dernière, le président de l’Olympique Lyonnais s’en prenait violemment à l’AS Monaco et au Paris Saint-Germain, qu’il accusait, par leurs fonds quasiment illimités, de fausser la concurrence et de briser la dynamique sportive.

Quelques heures avant, l’entraineur du Bayern Munich, l’expérimenté Jupp Heynckes critiquait les « milliardaires du foot », Manchester City et le PSG. Pour lui, « il est impossible d’acheter la Ligue des Champions » à coup de millions d’euros. On la remporte par le talent, la chance et l’expérience, mais pas par l’argent.

N’en jetez plus, les folies dépensières bruleraient le foot et le détruiraient petit à petit ? D’un côté, un président d’un grand club français dénonce la force inéquitable de ses concurrents directs, et de l’autre, un immense entraîneur, auréolé de nombreux titres nationaux et internationaux, attaque les agissements de certains nouveaux riches.

En d’autres termes, tel un mouvement conservateur ambiant dans le sport, les accusés n’auraient pas le droit de paraître et ne devraient pas avoir l’outrecuidance d’affronter les équipes historiques et installées.

Abonnement Ecofoot Premium – S’abonner à notre version premium, c’est :

  • Accéder à 100% des contenus Ecofoot
  • Bénéficier de nos meilleurs contenus au format magazine
  • Soutenir le développement d’un média que vous appréciez




  • « Restez chez vous, ne trustez pas les premières places et attendez votre tour » pourrait-on entendre. Jean-Michel Aulas, alors que durant toute la décennie 2000, n’a eu à faire à aucun concurrent direct pour le titre en Ligue 1 et a allégrement dominé le championnat, s’insurge contre l’apparition d’opposants compétitifs. Heynckes, de son côté, préfère fermer les ligues et accueillir uniquement les équipes légitimes, c’est-à-dire celles présentes depuis longtemps, celles qui auraient une « histoire » avec la compétition.

    Mais est-ce vraiment la bonne idée ? « A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire », lançait au XVIIème siècle Pierre Corneille dans Le Cid, c’est un peu ce qu’on pourrait lancer aux conservateurs du foot.

    Pourquoi Jean-Michel Aulas se révolte contre la présence du PSG et de Monaco ? Parce qu’il n’est plus capable de viser le podium et la qualification en coupe d’Europe. Pourquoi Heynckes critique le « pouvoir de l’argent » ? Parce qu’il ne dispose pas des moyens de ses ambitions et ne peut pas dépenser, comme d’autres, des centaines de millions d’euros pour des joueurs.

    Mais la présence de nouveaux opposants est bonne pour le sport, comme la concurrence est bonne pour le commerce. Avec des locomotives telles que Paris et Monaco, la Ligue 1 s’améliore, avance et voit sa valeur économique augmenter, sa notoriété grandir. On en oublierait presque la phrase de Jean-Michel Aulas, en 2007, après une élimination en Ligue des Champions contre l’AS Rome, qui déclarait que « la Ligue 1 manquait de locomotives. […] Sans concurrence, on ne peut pas avancer ».

    Mais elles sont présentes aujourd’hui !

    Grâce à l’arrivée d’une nouvelle génération, grâce aux venues des investisseurs étrangers, les valeurs sportives et économiques des compétitions européennes se sont décuplées, il y a plus de suspense, plus d’intensité, plus de croissance, plus de richesse et plus de tension.

    « Pas de progrès sans concurrence » affirmait en 1916 le sociologue français Gustave Le Bon. Force est de constater que, en ce qui nous concerne, il avait parfaitement raison. Il faut défendre le libre-jeu du marché, tout en luttant contre les défaillances qu’un libéralisme peut créer. Il faut viser une régulation censée du commerce, et non un conservatisme absurde.

    Par Pierre Rondeau

    Pierre Rondeau est l’auteur, avec Richard Bouigue, du livre Le foot va-t-il exploser : pour une régulation du système économique du football dont la sortie est prévue pour le 03 mai prochain

    Articles populaires

    To Top

    Send this to a friend

    En continuant à utiliser le site, vous acceptez l’utilisation des cookies. Plus d’informations

    Les paramètres des cookies sur ce site sont définis sur « accepter les cookies » pour vous offrir la meilleure expérience de navigation possible. Si vous continuez à utiliser ce site sans changer vos paramètres de cookies ou si vous cliquez sur "Accepter" ci-dessous, vous consentez à cela.

    Fermer