Edito

Tous les footballeurs ne sont pas des millionnaires en short

footballeurs millionnaires
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Tous millionnaires les footballeurs, vraiment ? Dans ce nouvel édito, Pierre Rondeau, Expert en économie du sport, s’offusque contre les hommes politiques qui stigmatisent les footballeurs, les présentant tous comme des millionnaires ne méritant pas un tel salaire. Un cliché loin de la réalité de la discipline.

C’est une rengaine connue en France, journée après journée, saison après saison, compétition après compétition, à la quasi-unanimité, l’ensemble du personnel politique national critique les joueurs de football. Ils seraient trop payés et leurs émoluments seraient totalement injustes, immoraux et indécents.

« Après tout, ils n’ont pas fait d’étude et ne font que taper dans un ballon » pourrait-on presque entendre dire, tant ces propos sont synonymes de mépris, de populisme et surtout d’une grande ignorance de ce secteur profondément touché par le libéralisme.

Le dernier homme politique en date à avoir surfé sur la vague de détestation des footballeurs est Benoit Hamon, l’ancien candidat à l’élection présidentielle de 2017, sous la bannière du Parti Socialiste.

Celui-ci, lors d’une interview donnée sur France Info, a repris les propos d’Anne-Sophie Lapix qui, lors d’un lancement de sujet foot, dans le Journal de 20h, avait eu l’outrecuidance de dire que le mondial sera l’occasion de « pouvoir voir des millionnaires courir derrière un ballon ». Hamon a défendu la journaliste de France 2 en affirmant que c’était une réalité.

Seulement, dire cela c’est encore jeter l’opprobre sur la profession, c’est estimer que parce que des Ronaldo, Messi, Neymar ou Mbappé émargeraient tous à plus de 20 millions d’euros par an, tout le monde serait logé à la même enseigne, c’est croire que le statut de footballeur serait béni des Dieux et que l’ensemble de la catégorie vivrait dans cette situation, fastueuse et éclatante.

Or, ce n’est absolument pas le cas et Hamon, comme beaucoup d’autres avant lui, aurait tendance à l’oublier. Le membre fondateur du mouvement Génération.s est pourtant suffisamment intelligent pour comprendre la chose et déceler les défaillances d’un tel système, un modèle où près de 40% des joueurs professionnels gagnent moins de 800€ par mois, où les rares supers-stars s’accapareraient plus de la moitié de l’ensemble des salaires versés, où le taux de chômage dépasserait les 15%, où jusqu’à 25% des footballeurs commenceraient la saison sans avoir signé le moindre contrat professionnel, où le taux de dépression dépasserait les 38% contre 13% en moyenne dans les pays de l’OCDE, etc. Personne ne cite, par exemple, la tentative de suicide d’Adebayor ou la faillite financière d’Eboué.

Benoit Hamon préfère surfer sur la tendance générale, propre à une culture franco-française de détestation des footballeurs, mettant en avant leur salaire indécent et injustifié, oubliant tous les autres.

Alors même que cela devrait être un combat à gauche : la lutte contre les inégalités dans un secteur lourd et profondément dérégulé. Mélenchon comme lui, qui mettait en avant son désintérêt pour le foot (avant de se découvrir une passion pour l’OM [sic]), occulte totalement ce phénomène et ne semble absolument pas s’en intéresser.

La France n’est pas un pays de footeux, regardons simplement les sondages pessimistes concernant la victoire des Bleus à la coupe du Monde ou le faible contingent de supporters nationaux en Russie. Les femmes et les hommes politiques ne feront que s’adapter à la tendance générale et, jamais, ne lèveront le petit doigt pour dénoncer la précarité dans le ballon rond.

Espérons néanmoins que les choses changent et que certains d’entre nous prennent les choses à-bras-le-corps, que l’opinion publique prenne conscience de la réalité du marché et arrête de se focaliser sur les 3 ou 4 joueurs les plus célèbres.

Non, ils ne sont pas tous des millionnaires en short ; non, ils n’ont pas tous la belle vie rêvée ; non, leur situation ne se résume pas seulement à taper dans un ballon ; non, leur quotidien n’est pas facile ; non, ils ne sont pas tous bien payés ; non, leur salaire n’est pas injustifié et illégitime…

Il serait grand temps d’arrêter les discours populistes.

Par Pierre Rondeau

Pierre Rondeau est l’auteur, avec Richard Bouigue, du livre Le foot va-t-il exploser : pour une régulation du système économique du football

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