Edito

La force des contrats aidés dans le sport

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La suppression des contrats aidés menace-t-elle la pérennité des activités des clubs de sport amateurs ? Pierre Rondeau, Co-directeur de l’Observatoire Sport et Société à la Fondation Jean Jaurès, estime qu’un tel dispositif était efficace dans le monde sportif et tacle les dernières décisions prises par le gouvernement Philippe à ce sujet.

En octobre dernier, le gouvernement d’Edouard Philippe avait annoncé la suppression de plus de 150 000 contrats aidés, considérés comme instables, précaires et stigmatisants pour une bonne partie des bénéficiaires.

Son souhait était de les remplacer par des contrats emploi compétences, capables de pérenniser les situations et d’assurer des perspectives d’avenir plus stables. Seulement, ces dits contrats seront seulement limités au secteur public non-marchand. La plupart des associations sportives privées se retrouveront directement impactées et ne pourront plus recourir à de telles solutions.

Sitôt l’annonce faite, l’opposition a dénoncé un « plan social total ». Pour Richard Bouigue, directeur général aux politiques au Parti Socialiste, « des milliers d’éducateurs sont aujourd’hui embauchés par les clubs amateurs et les communes grâce aux emplois aidés. Supprimer cette manne actera la fin de ces postes, la fin de leur présence, la fin des marqueurs de socialisation ».

Pourtant, les membres de la République En Marche n’ont eu cure de ces accusations et se sont empressés de justifier une telle décision : les contrats aidés favorisaient la paupérisation. Il était urgent de les supprimer.

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En sommes-nous vraiment sûrs ? Ont-ils vraiment eu un tel impact, et dans le sport en particulier ? En octobre 2017, le Centre national pour le développement du sport (CNDS) a décidé de vérifier ce postulat et a ordonné une enquête sur le dispositif « emploi CNDS », des emplois aidés spécifiques au secteur sportif.

Pendant 6 mois, le Centre de ressources, d’expertise et de performance sportives (CREPS) et le Pôle ressources national sports de nature (PRNSN) ont analysé et étudié les 5 200 emplois CNDS créés en 2017. Et les résultats sont sans équivoque.

79% des emplois créés sont durables et 61% ont favorisé une insertion sur le marché. Parmi ces derniers, 96% se sont pérennisés en CDI. Si l’on rapporte ce taux à l’ensemble des conventions, on observe qu’en 2018, 75 % des emplois aidés par le CNDS ont abouti à un contrat à durée indéterminée.

Au niveau de l’intégration, les chiffres sont aussi concluants. 61% des salariés occupant un contrat CNDS étaient étudiants ou au chômage au moment de l’embauche. Un tel dispositif favorise donc la réinsertion et l’entrée sur le marché du travail, il ne concerne pas des insiders, ceux disposant déjà d’un emploi, et participe à l’amélioration des données sociales du pays.

Mieux encore : 77% des emplois créés a posteriori n’ont perçu aucune aide ni aucune subvention publique ! La pérennisation des postes n’a quasiment rien coûté à l’Etat et n’a pas favorisé un émiettement des dépenses publiques. L’effet de levier des emplois CNDS est donc réel et mesurable.

Ainsi, contrairement à ce que croit la majorité parlementaire, les contrats aidés ne sont pas une gabegie publique participant à la précarisation des bénéficiaires. Ils sont profondément utiles et encore plus dans le domaine du sport.

Les caricatures n’ont donc plus lieu d’être. Le sport est un vecteur de cohésion sociale, de bien-être et de fierté. Il ne doit pas être galvaudé au profit des logiques de rentabilité et d’assainissement des comptes. Il fabrique du vivre-ensemble et assure une stabilité contractuelle. Il participe à la formation de la future élite nationale et permet à la France de briller lors des compétitions internationales. Kylian Mbappé, Antoine Griezman ou Ousmane Dembélé ont tous été formés dans des clubs amateurs, par des éducateurs embauchés via ces contrats aidés. Leur force est la force de l’équipe de France aujourd’hui.

Comment ferons-nous alors pour la prochaine génération ? Espérons que le gouvernement ait pris la mesure de sa décision …

Par Pierre Rondeau

Pierre Rondeau est co-directeur de l’Observatoire Sport et Société à la fondation Jean Jaurès et auteur, avec Richard Bouigue, du livre Le foot va-t-il exploser : pour une régulation du système économique du football

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