Edito

Vers une régulation internationale du football

Edito régulation football mondial
Yuri Turkov / Shutterstock.com

Si la volonté de mieux réguler le football international dernièrement manifestée par Gianni Infantino, Président de la FIFA, est à féliciter ; les réformes proposées ne sont pas assez ambitieuses pour corriger les maux. Par Pierre Rondeau.

A quelques jours du début de la coupe du Monde, le président de la FIFA, Gianni Infantino, a multiplié les interventions dans la presse et les médias afin de lancer une grande réforme dans le football.

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Ce dernier, pourtant décrit comme adorateur du libéralisme et du capitalisme mondialisé, proche de Sepp Blatter et de Michel Platini, se place ainsi comme un révolutionnaire du ballon rond.

A travers ses déclarations, l’Italo-Suisse, ancien secrétaire général de l’UEFA, souhaite imposer un renforcement de la transparence. Les transferts internationaux ne devront plus, d’après ce dernier, susciter le moindre doute. C’est notamment les rémunérations des agents qui sont ciblées ici, via les commissions versées par les clubs, et très souvent octroyées de façon opaque et terriblement inflexible.

En obligeant les clubs à dévoiler, en temps réel, leurs comptes d’activité détaillés, la FIFA inciterait donc à un devoir d’exemplarité et empêcherait des versements obscurs et inexpliqués.

Ensuite, c’est le fonctionnement même des transferts qui devrait être revu par la fédération internationale. Infantino chercherait à limiter les contrats par équipe et le nombre de joueurs prêtés, afin d’éviter les abus et la mise en place d’économies parallèles, transformant les clubs en « fermes à footballeurs », achetant et prêtant sans compter, dans le seul but de dégager des intérêts.

En Angleterre, des équipes comme Chelsea, ont jusqu’à 50 joueurs sous contrat et en prêtent une bonne vingtaine, saison après saison, afin de récupérer un « loyer » conséquent. C’est comme si un investisseur achetait des appartements, après une bonne valorisation financière, et les mettait en location pour en tirer profit. Sauf qu’ici, il s’agit d’êtres humains …

Enfin, la presse évoque des volontés de réformes sur le mercato hivernal, avec un plafonnement des transferts (4 maximums), et sur le mercato estival, avec une adaptation du calendrier sur les périodes non-sportives.

Globalement, nous ne pouvons que nous féliciter de ces recommandations. Il y a maintenant 1 an, nous avions, avec Richard Bouigue et la Fondation Jean Jaurès, commencé un mouvement pour une régulation censée et équilibrée du football. Nous espérons ainsi que nos actions et nos contributions, même à 0,001%, ont participé à ces changements.

Néanmoins, nous ne pouvons que nous désoler du manque d’ambition et des risques inhérents à ces actions, sans renforcement des contraintes économiques et sans harmonisation internationale.

Le football continue d’être une économie attractive, captant des participations colossales avec la hausse des droits TV et l’arrivée des investisseurs internationaux. Son taux de croissance annuel dépasse continuellement les 9% et les montants dépensés battent des records chaque saison.

Or, en fixant une limite, à la fois dans les transferts et les fenêtres commerciales, sans imposer un plafonnement des dépenses et une redistribution verticale, on prend le risque de créer des rentes de situation et des bulles économiques.

En effet, avec toujours plus d’argent mais avec des contraintes de dépenses, les clubs seraient incités à faire croître les rémunérations plutôt que les investissements structurels. En bornant les achats et les ventes sans demander la moindre contribution pour le football amateur, pour la redistribution et la solidarité, on participe à l’inflation des salaires et des dépenses.

Que feriez-vous, par exemple, avec toujours plus d’argent en poche mais avec une contrainte de dépense ? Vous iriez consommer plus que raison, pressé par le temps imparti et la contrainte régulationniste.

L’action de la FIFA et d’Infantino est donc à saluer mais à amender. Nous ne pouvons applaudir totalement ce mouvement car il demande encore des corrections et des améliorations. Mais rassurez-vous, cela ne fait que commencer …

Par Pierre Rondeau

Pierre Rondeau est l’auteur, avec Richard Bouigue, du livre Le foot va-t-il exploser : pour une régulation du système économique du football

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