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Interview

« Le football ira de crise en crise s’il ne s’attaque pas aux racines du problème »

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La crise liée à la pandémie de COVID-19 a mis à mal l’économie du football européen. Bien que non-inscrite au bilan des clubs, la préservation du patrimoine naturel et d’un environnement stable est primordiale pour pérenniser la pratique du ballon rond. Lors d’un entretien accordé à Ecofoot, Antoine Miche, Président de Football Ecologie France, explique pourquoi les clubs de foot doivent redoubler d’efforts pour mieux intégrer les problématiques RSE à leur fonctionnement.

Certains clubs professionnels français, à l’image de l’AS Saint-Etienne, nous ont dernièrement indiqué vouloir repositionner la RSE au cœur de leur nouveau modèle de développement. Pensez-vous que les thématiques RSE vont continuer à gagner en importance dans les stratégies de développement des clubs professionnels français au cours des prochaines années ?

C’est une certitude, mais dans la stratégie globale du club et pas uniquement sur le développement. D’après de nombreuses études, les entreprises qui misent sur le long terme et traitent sérieusement les problématiques sociales et environnementales se développent mieux et sont significativement moins touchées économiquement par les crises. Dans le football, nous constatons une montée en puissance des actions RSE depuis une dizaine d’années et ce pour plusieurs raisons, souvent de mieux en mieux structurées via une fondation (PSG, TFC, OL, OM…), une association spécifique (ASSE Cœur-Vert, Club des Kalon…) ou un fonds de dotation.

La première raison est le fait que les citoyens, institutions, collectivités et entreprises s’engagent de plus en plus sur les enjeux de soutenabilité afin d’atténuer les inégalités socio-économiques et minimiser les risques environnementaux. Dans ce contexte, le monde du football professionnel, considéré comme privilégié, ne peut pas être « hors-société ». Garder proche du club les communautés habituelles qui l’alimentent économiquement et humainement, comme les supporters, les sponsors et la collectivité, nécessite de garder un lien fort, une adéquation avec l’évolution de ces derniers. Le club doit donc maintenir et challenger régulièrement sa relation nourricière et réciproque avec ses principales communautés, ce qui passe souvent par des actions hors du cœur de métier habituel d’un club de football.

Ensuite, la RSE est un excellent vecteur d’innovation et de différenciation. Les clubs ont besoin de proposer une valeur ajoutée qui évolue dans le temps pour gagner en réputation et en revenus. Le développement d’actions RSE nécessite d’aller vers des zones d’inconfort, de tester l’inconnu, tel que mettre en place une journée sur l’homophobie ou d’éducation à l’écologie, élaborer un salon local de l’emploi ou un concours d’entrepreneuriat social avec des populations défavorisées. Là encore, cela nourrit les communautés du club, renforce les liens avec les partenaires économiques et le territoire proche. Cette valeur ajoutée, qu’on pourrait appeler « valeur partagée », contribue au « licence to operate » du club, à savoir sa légitimité d’existence et d’action dans un environnement toujours en mouvement.

« La RSE est un excellent vecteur d’innovation et de différenciation »

En dernier lieu, et c’est le plus important, n’oublions pas que notre système économique est issu de l’après Deuxième Guerre Mondiale et qu’il n’est plus du tout compatible avec les limites planétaires et les inégalités sociales et économiques devenues extrêmes. Nous voyons et vivons depuis des années des événements dramatiques et dangereux qui bouleversent la société et les acteurs économiques, qui stoppent le football : pandémie comme le covid-19, grèves longues et violentes (gilets jaunes, retraites, etc.), tempêtes, sécheresses et canicules exceptionnelles et croissantes… Tout ceci remet à zéro les stratégies des clubs, tant professionnels qu’amateurs. La pandémie de covid-19 par exemple, qui met en quasi-faillite le football en quelques semaines à peine, est au départ une problématique qui croise climat, biodiversité et mondialisation : nos modes de vie et nos activités humaines, dont la passion du foot et ses consommations associées, engendrent en amont l’accaparement excessif des terres sauvages afin de les exploiter et transformer les matières premières en milliards de biens de consommation. Cela provoque un effondrement des écosystèmes et les animaux se retrouvent ainsi en même temps obligés de se rapprocher des villes et des autres animaux sur des zones très délimitées. De là découle la facilité de transmission de milliers de virus des animaux vers les humains. La plupart des virus sont bénins mais il en suffit d’un seul, qui se diffuse à la vitesse de la mondialisation (voyages d’affaires, tourisme international de masse, chaîne logistique sur plusieurs pays pour un seul bien de consommation…) pour qu’il stoppe l’économie mondiale et tue plusieurs centaines de milliers de personnes ! Donc les stratégies des clubs, si les clubs et le sport en général veulent survivre dans la durée, devront intimement prendre en compte ces problématiques et les traiter sérieusement. Le patrimoine naturel et le climat sont peut-être les plus gros actifs d’une entreprise, avec un climat social stable et des humains coopératifs. Cela ne se voit pas dans les bilans des clubs mais à contrario cela se voit dans leurs comptes de résultats qui en souffrent lourdement. Le football doit donc se réinventer et la RSE est le meilleur moteur pour.

Comment cette montée en puissance se traduira-t-elle concrètement ?

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