Red Star RSE
Interview

« Le sport du XXIe siècle sera probablement plus responsable et citoyen »

Icon Sport

De nombreuses organisations sportives hexagonales sont fortement montées en puissance ces dernières années sur les thématiques sociales et environnementales. Si elles affichent une réelle volonté de s’engager en faveur des grandes causes de notre société ; certaines décisions économiques peuvent parfois entrer en contradiction avec les valeurs prétendument défendues. Lors d’un entretien accordé à Ecofoot, David Blough, Fondateur de 10, ex-Directeur Exécutif de Play International et auteur de l’essai Sportwashing : Que sont devenues les valeurs du sport ? (Éditions Rue de l’échiquier), nous livre ses constats sur la prise en compte des problématiques RSE par les organisations sportives.

De plus en plus de clubs professionnels français cherchent à monter en puissance sur les sujets sociaux, sociétaux et environnementaux en structurant leurs démarches et en y dédiant des ressources. A vos yeux, les acteurs du football professionnel français ont-ils pris conscience de l’importance de se saisir de tels enjeux ?

C’est une réalité qui va bien au-delà du football. Les grands acteurs de l’économie – et notamment les entreprises – structurent leur démarche RSE. La loi Aillagon en 2003, visant à développer plus largement le mécénat, a fortement accéléré la création de fondations d’entreprise. Le football s’inscrit dans une dynamique globale qui touche l’ensemble de la société française. Progressivement, tous les acteurs prennent conscience que l’Etat et les différentes institutions publiques ne peuvent plus assurer seuls toutes les missions d’intérêt général. On peut le regretter mais c’est une tendance lourde à laquelle il faut faire face.

Ces dernières années, de très nombreux clubs professionnels français ont ainsi lancé leur fondation et/ou fonds de dotation pour mieux structurer leur politique RSE. On observe une meilleure prise en compte des sujets éducatifs et sociaux. Mais il y a toujours la place pour faire plus et mieux. Et ce n’est pas propre aux acteurs du football. Les ONG s’interrogent sans cesse sur leurs modes d’action pour accroître leur impact et gagner en efficacité. A mon sens, il reste encore du chemin à parcourir pour ancrer les démarches sociales et sociétales dans la raison d’être des clubs. Les clubs doivent désormais aller au-delà des actions caritatives pour inscrire leur politique dans de véritables logiques d’impact social.

Aujourd’hui, le gros enjeu se situe au niveau de la prise de conscience de ce que le sport peut générer en matière d’innovation sociale quand on y réunit les moyens et l’expertise nécessaires. Le monde du sport reste tiraillé entre une forme de surestimation de ses bienfaits – certains associent le sport à une école de la vie permettant d’inculquer naturellement des valeurs – et une sous-estimation de son apport dans des domaines tels que l’éducation, la citoyenneté voire la santé. Le sport doit absolument se défaire de cet étau pour franchir une réelle étape dans son impact sociétal.

Globalement, nous constatons que le volet environnemental est souvent le parent pauvre des politiques RSE orchestrées par les clubs professionnels français. Quelles sont les actions à mener pour engager davantage les clubs sur une telle thématique ?

Les clubs jouent un rôle important de sociabilisation. Cette dimension jeunesse-formation, associée à un fort ancrage territorial, fait partie de l’ADN de la plupart des clubs. Le lien avec les thématiques sociales et sociétales est donc plus évident. Le sujet environnemental semble plus éloigné du quotidien des clubs.

Pourtant, la responsabilité est la même car la préservation de notre planète nous concerne tous. Et le sport peut être un outil : on peut très bien par exemple utiliser le sport comme support d’éducation pour sensibiliser aux problématiques liées à la préservation de l’environnement.

Si la structuration des politiques RSE semble être une réalité au sein du football professionnel français, en revanche, les considérations environnementales, sociales ou sociétales n’orientent pas encore toutes les décisions des différents clubs. Il est par exemple curieux de voir certains clubs promouvoir les bienfaits et les valeurs éducatives du sport tout en signant des accords de sponsoring avec des marques de soda, des acteurs de la restauration rapide ou des paris en ligne. Ou encore de promouvoir des actions en faveur de l’environnement tout en étendant considérablement les gammes de produits dérivés pour développer leurs recettes de merchandising. N’existe-t-il pas un double discours ? Les décisions business ne doivent-elles pas être en accord avec les orientations RSE pour qu’un club soit réellement qualifié de responsable ?

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