Economie

Interview exclusive de Jake Cohen sur la compétitivité des clubs anglais

Ecofoot.fr a eu la chance cette semaine de s’entretenir avec Jake Cohen, avocat de profession et journaliste pour le Wall Street Journal ou encore ESPN. Au cours de cet entretien, Jake est revenu sur les performances actuelles des clubs anglais en Coupe d’Europe et l’impact des nouveaux droits TV signés par le championnat de Premier League. Enfin, Jake conclut l’interview par sa vision du championnat de France de Ligue 1…

Jake, pouvez-vous vous présenter aux lecteurs d’Ecofoot.fr ?

Je suis avocat travaillant à Boston, aux Etats-Unis. Je publie également de nombreux articles à propos des aspects juridiques et économiques du sport dans le Wall Street Journal, ESPN et d’autres médias. Enfin, je suis également consultant pour LawInSport, média en ligne sur le droit du sport.

Comment pouvez-vous expliquer l’échec des clubs de Premier League sur la scène continentale alors que le championnat bénéficie des plus importants moyens financiers ?

Ma réponse peut être biaisée par le fait que je sois un supporter de Chelsea FC mais je souhaite retirer ce club de l’analyse des échecs des clubs anglais sur la scène continentale au cours des dernières années. En effet, lors des quatre dernières éditions de la C1, les clubs de Premier League ont remporté 7 confrontations à élimination directe dont 6 par Chelsea FC. Je pense que les Blues ont largement accompli leur part du travail.

Je suis d’accord pour affirmer que les performances des clubs anglais en Ligue des Champions n’ont pas été à la hauteur des gros moyens financiers dont ils disposent au cours des dernières années. Une partie de l’explication réside dans le fait que les clubs anglais ont été éliminés dans la compétition par des formations qui sont aussi voire plus riches qu’eux ! Le Real Madrid, le FC Barcelone, le Real Madrid et plus récemment le Paris SG possèdent des ressources financières similaires et même supérieures aux plus gros clubs de Premier League.

En plus de cela, la Premier League négocie collectivement ses droits TV ce qui n’est pas le cas de toutes les compétitions européennes. En conséquence, tous les clubs de Premier League deviennent riches ce qui renforce la concurrence sportive au sein du championnat national. Désormais, les 20 clubs de Premier League se situent dans le top 40 des clubs les plus riches du monde, sans tenir compte du nouvel accord de droits TV négocié par le championnat qui rentrera en vigueur lors de la saison 2016-17. Chaque club de l’élite anglaise peut désormais acheter des joueurs de classe internationale. Avec une telle concurrence domestique, les clubs anglais doivent mener une haute lutte dans leur propre championnat pour remporter le titre ou seulement se qualifier pour la prochaine édition de la C1.

Prenons l’exemple de Newcastle United pour illustrer mes propos. Il s’agit d’un club de milieu de tableau et pourtant, il peut se permettre d’acheter quelques-uns des meilleurs joueurs de Ligue 1 comme Moussa Sissoko, Yoan Gouffran, Massadio Haïdara, Emmanuel Rivière et Rémy Cabella. Ce mouvement massif de joueurs de Ligue 1 venant évoluer en Premier League – et je n’évoque même pas les transferts d’Eden Hazard, Giroud, Lloris, Azpilicueta, Remy, Sakho, Zouma, Lovren ou encore Capoue – renforce le championnat anglais et complique le parcours national et continental des meilleures formations anglaises.

Que pensez-vous de la hausse des droits TV de la Premier League pour la période 2016-19 ? Comment les diffuseurs britanniques vont-ils supporter une telle inflation ?

Comme beaucoup d’experts, j’imaginais une hausse des recettes télévisuelles mais pas une telle inflation ! Le nouvel accord constitue une hausse de 70%, ce qui correspond à une augmentation spectaculaire par rapport à un contrat lucratif, déjà supérieur à 3 milliards de livres pour la période 2013-16. D’ailleurs, le contrat actuel représente lui-même une hausse de 70% des droits TV domestiques par rapport à la période 2010-13 alors que l’augmentation avait été inférieure à 5% entre les périodes 2007-10 et 2010-13.

Clairement, Sky et BT pourront supporter une telle inflation des droits TV grâce à l’optimisation de leurs recettes publicitaires et autres sources de revenus. Sinon, les deux diffuseurs n’auraient pas réalisé de telles offres. Evidemment, les clients de Sky et BT supporteront également une partie de cette inflation ce qui fera naturellement augmenter le prix des abonnements TV. Enfin, alors que Sky possède trois fois plus de matchs que BT, il paiera en moyenne 11 M£ par rencontre diffusée contre seulement 7,6 M£ pour son concurrent.

Si vous souhaitez en savoir plus sur les diffuseurs Sky et BT, je conseille fortement la lecture d’un article rédigé par Daniel Greey.

Quelle sera le niveau de recettes concernant la commercialisation des droits TV internationaux de Premier League pour la période 2016-19 ?

« La Premier League devrait générer un revenu supérieur à 3 milliards de livres de droits TV internationaux pour 2016-19 »

Les droits TV internationaux de la Premier League vont très certainement augmenter mais il est difficile de les estimer car chaque marché est différent. Aux Etats-Unis, par exemple, l’intérêt pour la Premier League n’a jamais été aussi fort. Le contrat de diffusion actuel, estimé à 56 M£ par an, prendra fin à l’issue de la saison 2015-16. Une forte réévaluation de ce contrat est attendue étant donné l’évolution de l’intérêt pour le championnat anglais au sein de ce pays. En France, Canal Plus débourse 53 M£ par an pour obtenir l’exclusivité de la diffusion de la Premier League sur le marché hexagonal.

Nick Harris, de l’agence Sporting Intelligence, a estimé les droits TV internationaux de la Premier League à 2,23 milliards de livres pour la période 2013-16. Il s’agit d’une progression de 55% par rapport aux revenus générés par le championnat sur la période 2010-13 (1,43 milliard de livres). Si nous prenons une hypothèse basse avec une progression de seulement 35% pour le prochain cycle de droits, la Premier League devrait alors générer un revenu supérieur à 3 milliards de livres de droits TV internationaux pour la période 2016-19.

En France, certains dirigeants pensent que la Premier League va devenir si puissante à l’avenir qu’elle pourrait quitter l’UEFA pour créer sa propre compétition. Que pensez-vous de ce scénario ?

Je pense que toute nouvelle compétition créée se doit de rivaliser avec l’actuelle Champions League pour être crédible. Cela nécessite donc la présence des meilleurs clubs français, espagnols, italiens et allemands pour mener un tel projet. En partant de ce constat, je ne pense pas qu’une nouvelle compétition pourrait voir le jour uniquement sous l’impulsion de la Premier League. C’est plutôt au niveau de l’ECA qu’une telle initiative pourrait avoir lieu.

La conclusion du nouvel accord de droits TV favorisera-t-elle l’arrivée de nouveaux investisseurs étrangers en Premier League ?

Les nouveaux droits TV de la Premier League soulignent la compétitivité du championnat anglais par rapport aux autres championnats. L’augmentation des recettes permettra aux clubs d’attirer plus de talents, ce qui va encore renforcer l’attractivité du championnat. Néanmoins, la Premier League attire déjà un grand nombre d’investisseurs étrangers.

Si la rumeur de la vente du club de Crystal Palace à un investisseur américain se confirmait, 30% des clubs de Premier League seraient alors détenus par des propriétaires britanniques, 30% par des propriétaires américains et 40% par des propriétaires d’autres nationalités.

Grâce à des marques étrangères, Manchester United et Chelsea FC possèderont les deux plus gros contrats de sponsoring footballistique au monde lors de la saison prochaine. Deux des plus grands clubs anglais, Manchester City et Arsenal, possèdent un accord de naming avec des compagnies aériennes situées dans le Golfe.

Selon vous, quel club de Premier League possède le modèle financier le plus vertueux ?

Tous les clubs ne possèdent pas forcément les mêmes objectifs. Certains clubs sont dirigés pour devenir des entreprises rentables alors que d’autres cherchent prioritairement à remporter des trophées.

Manchester United a réalisé des profits à hauteur de 20 M£ lors de la saison 2013-14 mais le club n’a gagné aucun trophée majeur et a raté la qualification pour la Ligue des Champions. A l’inverse, Manchester City a accumulé les plus grosses pertes financières mais le club a remporté la Premier League et la League Cup.

En termes d’optimisation des revenus, le club de Southampton a réalisé un incroyable travail. Il faut garder en tête que, cinq ans auparavant, Southampton démarrait la saison 2009-10 en League One avec une pénalité de 10 points suite à une sanction administrative. Grâce au travail des nouveaux actionnaires et sous la direction de Nicola Cortese – qui n’est désormais plus au club – Southampton est passé des bas-fonds de la troisième division anglaise au premier tiers de la Premier League, ambitionnant une qualification européenne pour la prochaine saison.

Jake Cohen

Jake Cohen souligne l’excellent travail mené Southampton au cours des 5 dernières années.

Si on cherche un équilibre entre performances sportives et rentabilité économique, Manchester United, Chelsea FC et Manchester City semblent être les mieux positionnés de Premier League.

Quel club de Premier League pourrait s’immiscer dans le Big 4 dans les années à venir afin de se mêler à la course au titre ?

Même si un club loupera la qualification en Ligue des Champions en fin de saison, je pense que la Premier League possède un Big 5 avec Manchester United, Manchester City, Chelsea, Arsenal et Liverpool.

Je pense qu’il est fort peu probable qu’un club en-dehors de ce Big 5 parvienne à remporter le titre ou à accéder à la 2ème place de Premier League dans un futur proche. Si plusieurs de ces clubs venaient à connaitre une saison sportive difficile, Tottenham Hotpsur et Southampton me semblent être les mieux placés pour récupérer une place qualificative pour la Ligue des Champions.

Que pensez-vous de la Ligue 1 ? Regardez-vous certaines rencontres du championnat français ?

Je ne regarde pas la Ligue 1 car je n’en ai malheureusement pas le temps. Cependant, je suis quand même l’actualité du championnat et j’ai l’impression de rater une grande saison !

Néanmoins, en dehors de l’aspect sportif, je me tiens informé de l’actualité financière du championnat et j’étais heureux d’apprendre la hausse des droits TV de la Ligue 1 sur la période 2016-20 alors que les revenus avaient été négociés à la baisse sous l’actuel contrat. Frédéric Thiriez déclarait lui-même dernièrement que le football français entrait en récession mais le nouveau contrat de droits TV combiné à la suppression de la taxe à 75% devrait redonner confiance aux fans et aux investisseurs envers la Ligue 1.

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