Interview

Espoirs du Football, l’aventure des possibles

espoirs du football

Devançant l’hyper-inflation du marché des jeunes talents, Espoirs du Football met en lumière depuis 2009 les futures pépites du football français et international. Une aventure qui a connu de multiples facettes, avec la sortie d’un livre en 2016 ou encore un projet de création d’association mêlant football et enfance. A travers un riche entretien, Laurent Mommeja, Fondateur du site Espoirs du Football, revient sur les coulisses de cette belle aventure tout en nous détaillant ses futurs projets permettant de donner une « nouvelle vie » à la communauté rassemblée autour de ce média indépendant.

Comment a démarré l’aventure Espoirs du Football ? Quelles ont été vos motivations pour lancer un média dédié aux jeunes joueurs de foot ?

J’ai déposé le nom de domaine Espoirsdufootball.com en janvier 2009, il y a tout juste 10 ans. L’aventure a démarré durant la dernière partie de mes études. A l’adolescence, je regardais déjà de nombreuses rencontres depuis le bord des pelouses et j’essayais de visionner des matchs de championnats étrangers, sur des chaînes comme Pathé Sport par exemple.

J’avais également pris pour habitude de noter sur un carnet mes analyses concernant certains joueurs repérés en match. Espoirs du Football devait alors servir de carnet de bord, me permettant de classer les joueurs observés par poste et pays tout en archivant ma prise de notes. J’étais vraiment dans une démarche personnelle.

Rapidement, le site a reçu beaucoup de visites. La thématique abordée a plu. Il faut dire qu’à l’époque, il était beaucoup plus facile de se classer dans les premières positions dans les résultats de recherches Google. La concurrence était moins rude. A chaque transfert d’un joueur repéré sur Espoirs du Football, les visites grimpaient en flèche !

J’ai alors vite compris le potentiel du sujet. Je cherchais à repérer « avant les autres » des joueurs à fort potentiel pour établir leur fiche sur Espoirs du Football. L’exercice avait un petit côté gisant : j’étais très fier de voir un jeune joueur mentionné sur Espoirs du Football signer son premier contrat professionnel ou être transféré dans un club plus huppé. L’engouement suscité pour mes observations m’a également beaucoup motivé à réaliser ce travail de plus en plus sérieusement.

Après, je ne prétends pas avoir la science infuse dans l’observation et la détection de futurs talents (rires) ! Je ne tiens pas de statistiques précises, mais sur Espoirs du Football, on a également mis en avant de nombreux jeunes joueurs qui n’ont pas percé par la suite.

Comment procédiez-vous opérationnellement pour repérer les jeunes pépites ?

Quand j’étais plus jeune, j’habitais en région parisienne. J’allais souvent me promener sur les terrains d’Ile-de-France pour regarder des matchs. J’avais également des amis qui jouaient à un assez bon niveau. Dans les tribunes, j’essayais de repérer les joueurs qui sortaient du lot.

Après avoir repéré des premiers joueurs, j’avais tendance à suivre leur évolution. Je n’étais pas seul à me livrer à cet exercice : j’échangeais avec une petite bande de potes sur les joueurs détectés. Les profils que nous suivions avaient 12, 13 ou 14 ans. Nous les suivions de manière complètement désintéressée. Nous ne voulions pas en faire notre métier. Nous en profitions également pour échanger avec des professionnels pour confronter nos observations. C’était vraiment un exercice plaisant et enrichissant.

Au-delà des terrains d’Ile-de-France, je suivais également l’évolution de footballeurs plus aguerris jouant dans des championnats étrangers moins médiatisés. J’essayais de récupérer des bouts de matchs ou des liens en streaming pour évaluer leurs performances et leur progression. Mais attention : cela n’a rien à voir avec l’observation en live, sur le bord d’un terrain. On récolte beaucoup moins d’informations sur un joueur en l’observant uniquement sur vidéo ! J’essayais notamment de récupérer des retransmissions de compétitions juniors internationales, comme les CAN U17 ou U20 par exemple.

Opérationnellement, je fonctionnais de manière totalement artisanale (rires) ! Je faisais beaucoup appel à ma mémoire visuelle car il n’est pas possible de tout consigner dans un cahier. Avec le développement des outils informatiques, j’ai pu professionnaliser le suivi en affinant mes observations avec des statistiques.

En 2016, vous avez écrit, en collaboration avec Matthieu Bideau, Responsable du recrutement au centre de formation du FC Nantes, le livre Je veux devenir footballeur professionnel aux éditions Amphora. Un ouvrage reprenant les thèmes majeurs traités sur le site Espoirs du Football. Comment avez-vous eu l’idée d’écrire ce livre ? Et comment avez-vous noué cette collaboration avec Matthieu ?

Au démarrage de l’aventure Espoirs du Football, je recevais de nombreux mails de félicitations, notamment de la part de professionnels du secteur. Matthieu a fait partie des professionnels qui ont pris contact avec moi pour me féliciter du travail accompli.

A la suite de ce premier mail, nous avons commencé à échanger sur des questions de fond concernant la formation. Après plusieurs mois d’échanges, Matthieu a décidé de s’associer à l’aventure en rédigeant régulièrement des chroniques pour le site sur la formation. Cela a alors été un véritable tournant éditorial ! Espoirs du Football s’est transformé en un guide pour les jeunes joueurs souhaitant atteindre le niveau professionnel. A travers nos chroniques, nous formulions différents conseils à destination des apprenti-footballeurs mais aussi de leur entourage dont les parents. Nous évoquions notamment en détail le métier de recruteur, nous prodiguions des conseils sur la préparation athlétique d’un jeune joueur, nous couvrions un volet juridique en présentant les différents types de contrat…

Le changement éditorial a rapidement suscité un gros intérêt auprès du lectorat. En plus de lire les contenus, nos lecteurs interagissaient avec nous sur les réseaux sociaux. A un moment donné, nous avions alors pris la décision de rassembler l’ensemble des chroniques dans un gros document pdf, téléchargeable gratuitement. Pour diffuser les conseils au plus grand nombre. Une initiative qui a bien fonctionné puisque le document a été téléchargé environ 50 000 fois !

Petit à petit, l’idée d’écrire un livre à ce sujet a germé. Mais nous étions tout de même frileux à ce sujet. Nous avions peur de la réaction de notre communauté en faisant payer le contenu. Nous avons exposé notre problématique aux éditions Amphora, avec qui les premières discussions avaient été productives. Ils ont su trouver les arguments pour nous convaincre de nous lancer dans l’aventure du livre.

je veux devenir football professionnel

Je tiens à préciser que le livre, Je veux devenir footballeur professionnel, n’est pas une simple reproduction de nos chroniques. Nous avons mené un gros travail de structuration des contenus. Nous les avons également enrichis, en y ajoutant notamment de nombreux témoignages. La version pdf contenait environ 200 000 caractères alors que le livre en recensait plus de 500 000 ! On peut d’ailleurs difficilement nous accuser de nous enrichir avec ce livre : sur un prix de vente public à 20€, nous percevions 2€ à nous deux !

« Au niveau de la formation, il y a beaucoup d’échecs pour peu d’élus ! »

Au-delà des conseils dispensés aux joueurs souhaitant accéder au professionnalisme, nous avons également mis l’accent sur comment rebondir après un échec. Car atteindre le niveau professionnel est extrêmement difficile. On le souligne à de nombreuses reprises dans l’ouvrage. Un club qui parvient à faire signer un à deux contrats professionnels par saison à ses pensionnaires du centre, il est considéré comme un bon club formateur ! Il y a beaucoup d’échecs pour peu d’élus !

Commercialement, le livre a particulièrement bien fonctionné. Nous avons mené une campagne qui a bien marché sur les réseaux sociaux : nous demandions aux jeunes footballeurs de se prendre en photo avec le livre et de partager le cliché sur Facebook ou Twitter. Pendant de nombreuses semaines, Je veux devenir footballeur professionnel s’est classé en tête des ventes sur Amazon, dans la catégorie « livre de sport ». Au total, nous en avons vendu environ 5 000 exemplaires.

Etant donné votre expertise, avez-vous été sollicité par des clubs pour des missions de scouting ?

Durant la première phase d’Espoirs du Football, des clubs français et étrangers m’ont contacté pour assurer des missions de scouting. C’était alléchant mais je n’ai pas osé sauter le pas. Si on m’avait formulé des propositions quand j’étais plus jeune, j’aurais peut-être accepté plus facilement.

La vie de scout n’est pas facile. Un scout n’est pas employé par un club. Il joue un rôle d’apporteur d’affaires. Il réalise ses missions d’observation sur son temps libre – souvent les week-ends – et il n’est payé via une commission que si un joueur qu’il a recommandé intègre un centre de formation. C’est très différent du métier du recruteur qui, lui, est un salarié d’un club professionnel.

Plusieurs facteurs m’ont encouragé à décliner les propositions. Premièrement, je ne m’estimais pas assez expert pour endosser une telle responsabilité. Internet permet de « médiatiser » nos activités, cela joue un rôle de miroir grossissant. Mais rien ne remplace des heures d’observation en bord de terrain comme je l’ai dit plus tôt. J’ai aussi rapidement déménagé à Toulouse. Une région qui intéresse moins les clubs que l’Ile-de-France.

Ayant aujourd’hui une vie bien remplie tant sur le plan personnel que professionnel, j’ai beaucoup moins de temps à consacrer à l’observation des joueurs. C’est pour cela que le site Espoirs du Football n’est quasiment plus alimenté en contenus. Je m’occupe exclusivement de faire vivre la communauté à travers des réflexions publiées sur les réseaux sociaux.

Mais je suis ravi de voir que d’autres « observateurs » du net ont pris le relais et font un excellent travail. D’autant que j’ai accompagné certains d’entre eux au début de leur aventure. Je pense notamment à Pad Foot ou encore au Chercheur de Talents. Un ancien collaborateur des Espoirs du Football va prochainement signer en tant que recruteur d’un club étranger. C’est une grande fierté pour moi !

Le métier de recruteur a-t-il évolué avec la hausse des enjeux financiers ?

Le marché des jeunes joueurs est devenu hautement spéculatif. Il y a encore quelques années, l’ensemble du football français n’hésitait pas à dénoncer les clubs étrangers qui venaient recruter dans nos centres de formation. Par exemple, les départs de Florent Sinama-Pongolle et d’Anthony Le Tallec, du HAC à Liverpool FC, avaient fait grand bruit à l’époque. Désormais, les clubs n’hésitent plus à vendre des joueurs qui sont encore sous contrat stagiaire ou aspirant. Y compris entre clubs français ! L’été dernier, Willem Geubbels a été transféré de l’OL à l’AS Monaco contre un montant de 20 M€ alors qu’il n’était même pas encore pro à Lyon ! L’OM s’était également penché sur le cas de Stanley Nsoki alors qu’il n’avait pas encore signé son premier contrat professionnel avec le PSG. Une offre à hauteur de 8 M€ a été évoquée dans les médias !

« Le marché des jeunes joueurs est devenu hautement spéculatif »

Désormais, les clubs cherchent à verrouiller contractuellement leurs jeunes joueurs de plus en plus tôt. Sans les avoir encore testés au niveau professionnel. Car leur valeur marchande peut être importante. Aujourd’hui, le transfert d’un jeune joueur peut facilement financer durant plusieurs années les coûts de fonctionnement d’un centre de formation d’un club professionnel, évalué en moyenne entre 2 et 3 M€ par exercice. Mais les indemnités de transfert ne sont pas les seuls montants évoluant à la hausse. Cela a également des conséquences sur l’inflation des salaires des jeunes joueurs, des primes à la signature…

Forcément, de telles considérations économiques ont fait évoluer le métier de recruteur. Même si certains continuent tout de même de travailler à l’ancienne. Avant, on cherchait à recruter un joueur pour l’intégrer à un collectif, à des caractéristiques précises de jeu. On parlait notamment d’institution, à l’image de l’école de l’Ajax Amsterdam. Aujourd’hui, le ciblage est plus individualisé. Tout profil à fort potentiel peut être étudié même s’il n’entre pas forcément dans les caractéristiques de jeu du club. Car un jeune joueur à fort potentiel peut représenter une belle perspective de plus-value.

Comment les recruteurs vivent-ils cette évolution de leur profession ?

Le football est devenu le sport collectif le plus individuel. C’est un fait. Et c’est perceptible à tous les niveaux. Lors des négociations contractuelles, les joueurs négocient de plus en plus des primes individuelles. Les jeunes joueurs les plus prometteurs signent de plus en plus tôt des contrats équipementier. Des contrats qui intègrent essentiellement des primes individualisées de performances.

Aujourd’hui, les recruteurs composent avec cette évolution. A leur niveau, ils ne peuvent pas renverser le système. Et, à vrai dire, l’exercice même de leur profession n’a pas tant évolué que ça. Certains fantasmes sont parfois relayés au sujet de l’industrialisation de la détection de jeunes joueurs. Mais un recruteur est toujours alimenté par la passion d’être le premier à découvrir une future star mondiale sur un terrain boueux en U13. Les relations humaines sont également omniprésentes dans l’exercice du métier de recruteur. Un bon recruteur va prendre le temps qu’il faut pour « vendre » un projet sportif mais aussi éducatif à la famille du joueur ciblé. Des enquêtes sont également menées dans l’entourage du jeune joueur pour en savoir plus sur lui. On ne recrute pas seulement un futur joueur de football, on intègre un adolescent qui va construire sa future carrière au sein d’un centre de formation.

Les frustrations du recruteur peuvent en réalité intervenir plus tard. Certains d’entre eux auront du mal à accepter le départ d’un de leurs protégés avant même qu’il ne signe son premier contrat professionnel pour des raisons financières. Un départ qui peut pourtant trouver une justification dans une logique de club-entreprise.

Récemment, vous avez communiqué au sujet du lancement d’une association, venant en aide aux enfants malades. Pouvez-vous revenir sur la genèse de ce projet ? Comment le football sera-t-il associé à ce projet ?

Cela faisait un petit moment que j’envisageais de créer une association. Une réflexion qui s’est réellement précisée en novembre 2017. A l’époque, une amie de lycée cherchait à lever des fonds pour sa fille atteinte du syndrome de Rett. Elle avait besoin de 8 000 € pour financer une tablette à commande optique. Une tablette qui permettrait alors à sa fille de mieux exprimer ses besoins.

Mon amie se démenait en organisant de nombreuses initiatives – lotos, tombolas… – pour finalement récolter de petites sommes. J’ai alors décidé de l’aider en relayant une cagnotte sur les comptes sociaux d’Espoirs du Football. On avait préparé la communication en amont pour ne pas tomber dans un discours larmoyant. Et cela a fonctionné : en seulement 24h, nous sommes parvenus à récolter près de 1 500€. En parallèle des premiers dons, j’ai également contacté quelques personnalités du monde footballistique pour les sensibiliser à la cause. Et un joueur – qui ne souhaite pas révéler son identité – a immédiatement voulu compléter la cagnotte pour atteindre les 8 000 € au plus vite ! J’ai pu ensuite assister à la joie des parents, un moment inoubliable !

« Les footballeurs savent répondre présent pour soutenir de belles causes »

Après cette première opération, j’ai continué à murir mon projet d’association. J’ai compris qu’il était possible de mobiliser le monde footballistique à travers le réseau Espoirs du Football pour accomplir de grandes choses pour les enfants malades. Les footballeurs sont très sensibles à ce type de causes contrairement à certaines critiques faciles émises à leur encontre. Ils viennent souvent de milieux précaires, ils ont parfois connu la souffrance dans leur jeunesse. Ils savent répondre présent pour soutenir de belles causes. L’engagement désintéressé de personnes anonymes est également très apprécié. De nombreux membres de la communauté Espoirs du Football nous proposent régulièrement leur aide dans nos différentes opérations caritatives.

Durant l’année 2018, j’ai continué à relayer certaines opérations et cagnottes venant en aide aux enfants malades. Au total, les relais Espoirs du Football ont permis, directement et indirectement, de collecter une somme de l’ordre de 20 000 € sur l’ensemble de l’année. En parallèle, je me suis rapproché de l’association Hôpital Sourire. C’est une association toulousaine qui accomplit un super travail pour apporter un peu de bonheur aux enfants hospitalisés.

Mais finalement, après avoir pris le temps de bien définir le projet, je vais désormais lancer ma propre association pour venir en aide aux enfants malades. L’idée est de mobiliser le monde du football pour apporter un soutien financier, matériel et moral aux enfants. Pour financer nos projets, nous avons défini trois modes d’action : l’adhésion classique à l’association, l’adhésion permettant de devenir parrain de l’association – à destination notamment des sportifs professionnels – ainsi que la collecte de maillots et autres objets appartenant aux footballeurs pour organiser des ventes aux enchères. Concernant les parrains, plusieurs joueurs internationaux ont déjà accepté – dont notamment deux joueurs français évoluant actuellement en Bundesliga. Le démarchage a démarré avant le lancement des activités de l’association, afin de pouvoir être crédible au moment du lancement. Car il ne faut pas rigoler avec ce type d’initiative : on ne doit pas donner de faux espoirs aux enfants et aux parents d’enfants malades.

A travers l’association, nous comptons accompagner des cas d’enfants malades précis tout en mettant en place des actions collectives. Par exemple, nous sommes en train de travailler sur la possibilité d’emmener des enfants à des tournages d’émissions TV sur le foot. On a déjà obtenu l’accord de plusieurs commentateurs sportifs de renom.

Nous venons de trouver le nom et de finaliser les statuts de l’association. Nous allons rapidement communiquer à ce sujet. Nous avons mis du temps pour lancer la structure car nous souhaitons être extrêmement rigoureux, notamment sur le plan administratif. L’équipe en place a déjà une expérience dans le versement de subventions aux associations. Mais là, on va basculer de l’autre côté de la barrière en gérant nous-mêmes les activités d’une association. C’est une belle aventure, riche en émotions, qui se présente à nous !

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