Portée par l’héritage de Paris 2024, des résultats sportifs historiques et une stratégie de développement ambitieuse, la Fédération Française de Badminton change d’échelle. Cette poussée spectaculaire l’oblige désormais à répondre à de nouveaux défis pour rendre cette croissance pérenne. Décryptage.

Championnat de France – Finale TOP 12 2026 – Photo Icon Sport
Le badminton français ne se contente plus de progresser, il accélère. Un taux illustre cette tendance : la Fédération Française de Badminton a enregistré à l’issue de la saison 2024-25 une hausse de l’ordre de 15% des licences annuelles selon les données de l’INJEP. Parmi les fédérations françaises olympiques, il s’agit du troisième taux de croissance, derrière le tennis de table (+21,8 %) et l’escrime (+19,2 %). À l’échelle de la FFBaD, la saison s’est achevée avec 241 955 licenciés, tandis que le cap des 2 000 clubs était franchi.
Et la tendance ne s’est pas arrêtée avec l’extinction de la flamme olympique. Depuis 2024, la FFBaD a accueilli près de 20% de licenciés supplémentaires dans ses différents clubs. Une progression continue et suffisamment solide pour suggérer que le badminton a dépassé le simple rebond post-Jeux.
Les premiers signaux de la saison 2026-2027 vont dans le même sens. S’il est évidemment bien trop tôt pour publier un taux consolidé, les indicateurs observés par la Fédération sont jugés encourageants et laissent entrevoir une nouvelle hausse. « Cela démontre bien que l’engouement pour le badminton ne se limite pas à un effet ponctuel lié aux Jeux, mais s’inscrit dans une tendance durable » nous fait alors remarquer Franck Laurent, Président de la Fédération Française de Badminton.
Une croissance multifactorielle
Paris 2024 a évidemment joué un rôle d’accélérateur. L’exposition offerte aux sports olympiques et paralympiques, la découverte du badminton par un large public et la médiatisation des joueurs français ont nourri les demandes d’inscription. Mais le président de la FFBaD se garde d’une lecture monocausale.
« Bien sûr, les Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024 ont joué un rôle important en offrant une visibilité exceptionnelle au sport français et au badminton. Mais cette croissance est aussi le fruit d’un travail de fond mené depuis plusieurs années par la Fédération, les ligues, les comités et les clubs. Nous avons investi dans le développement de l’emploi sportif, accompagné les structures dans leur professionnalisation et soutenu la création de nouveaux terrains. Cette progression est donc à la fois le résultat d’un héritage olympique positif et d’une stratégie fédérale de long terme » nous explique Franck Laurent.
La politique d’accueil de grands événements, orchestrée par la FFBaD, a prolongé cette visibilité. Du 25 au 31 août 2025, Paris a reçu les Championnats du Monde de badminton, un an après les Jeux. L’opération a constitué un succès populaire et économique : plus de 42 500 tickets ont été édités, pour un chiffre d’affaires de billetterie de 1,36 m€. L’événement s’est déroulé sur quatre sites parisiens, avec un village d’animations sur le parvis de l’adidas arena et 341 volontaires mobilisés. La compétition a aussi bénéficié d’une exposition télévisuelle significative : le huitième de finale d’Alex Lanier face au Chinois Weng Hong Yang a réuni jusqu’à 478 000 téléspectateurs sur la chaîne L’Équipe.
Surtout, le spectacle a été français. Delphine Delrue et Thom Gicquel ont décroché le bronze en double mixte, première médaille mondiale tricolore depuis seize ans. Ce résultat s’inscrit dans une année 2025 exceptionnelle : 40 médailles européennes, dont 17 titres, une victoire historique en Super 1000 pour Gicquel et Delrue, quatre titres sur le BWF World Tour et trois Français classés dans le Top 15 mondial en simple hommes. La victoire de Christo Popov aux World Tour Finals a encore renforcé la crédibilité du projet sportif. Ces performances donnent des visages à la croissance fédérale : elles créent de l’identification, attirent les médias et transforment la curiosité en pratique.
Un modèle économique renforcé