Stades

Entre profits, affluence et ambiance : quelle est la recette miracle des stades allemands ?

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Pour la plupart inaugurés ou rénovés à l’occasion de la Coupe du Monde 2006, les stades allemands ont acquis, au fil des années, la réputation non-usurpée d’enceintes remplies et à forte ambiance. Au point de devenir aujourd’hui une référence. Par Antoine Blouin.

Des enceintes modernes et fonctionnelles

Le succès actuel des enceintes allemandes prend naissance au milieu des années 2000, avec la vague de modernisation orchestrée en raison de l’organisation de la Coupe du Monde 2006 en Allemagne.

Et lorsqu’on se penche sur les caractéristiques communes à ces stades, on peut observer certaines particularités les différenciant de leurs homologues européens. A commencer par leur capacité ! En effet, sur les 18 clubs actuels de Bundesliga, 12 d’entre eux disposent d’une enceinte dont la capacité est supérieure à 40 000 places. L’Olympiastadion (Hertha Berlin), l’Allianz Arena (Bayern Munich) et la Signal Iduna Park (Borussia Dortmund) sont quant à eux les 3 stades dépassant la barre des 70 000 places.

L’autre singularité du modèle allemand réside dans la décision d’avoir conservé la présence d’importants kops – avec des places debout dans certains stades – accordant toujours une place importante aux supporters. L’Allemagne a ainsi su regrouper places populaires tout en développant d’importantes offres d’hospitalités.

On peut ainsi retrouver dans chacun des stades une zone debout qui va, selon les clubs, de 4 000 à 24 000 places – cas du Borussia Dortmund, qui fait ainsi de son « mur jaune » la plus grande tribune debout d’Europe.

Si de nombreux spécialistes s’accordent à dire qu’un stade à la capacité importante peut se révéler être un problème – notamment du fait de la difficulté à le remplir, et à l’obligation de baisser les prix pour y arriver – nous verrons que les clubs de Bundesliga ont étonnamment su en faire un atout, qui va fortement contribuer à l’image et au succès économique de leurs stades.

Les fans au centre du modèle

Une des volontés des clubs de Bundesliga, c’est aussi d’avoir voulu accorder une importance particulière aux personnes se rendant dans les stades.

Sur le plan économique tout d’abord, les clubs ont majoritairement opté pour une politique de prix bas, afin que la plupart des catégories de billets soient accessibles à un grand nombre de personnes. Car avant de penser aux profits, les dirigeants ont d’abord visé un remplissage maximal de leur enceinte.

Cela n’empêche cependant pas les clubs de faire monter les prix dès que le siège se trouve à un excellent emplacement, ou bien lorsqu’il s’agit d’une zone VIP. Ainsi, les clubs tirent profit du prix que seraient prêtes à payer les personnes aux moyens financiers plus importants, ainsi que les touristes, qui souhaitent en général un confort et une visibilité optimums lors d’un match.

En 2015, le site Onefootball avait réalisé une étude avec le comparateur de prix GoEuro.fr estimant le prix moyen d’un billet pour un match de Bundesliga à 31,70€. Un prix moyen relativement bas qui place la Bundesliga au 10ème rang européen. Dans ce classement, la France arrive à la 7ème place avec un prix moyen estimé à 37€ pour un match de Ligue 1. Des chiffres très éloignés de ceux pratiqués par la Premier League avec un prix moyen de 74,40€.

Outre la mise en place d’un segment billetterie destiné aux classes populaires, les clubs allemands valorisent également leur public en instaurant un dialogue permanent avec eux. Et c’est parfois la DFL elle-même qui montre la voie.

Depuis le début de la saison 2017/18, la Bundesliga avait ainsi aménagé le calendrier du championnat de sorte à ce qu’au moins 5 matchs par saison aient lieu le lundi, suite aux dernières négociations télévisuelles conclues avec les diffuseurs. Une première dans l’histoire du championnat allemand. Cette décision a évidemment provoqué un grand mécontentement chez les supporters, pour qui il est plus facile de se rendre au stade, entre amis ou en famille, lorsque les rencontres se déroulent le week-end. Face à l’accueil très hostile de cette réforme de la part des fans – de nombreuses pancartes ou affiches à l’encontre des matchs en semaine ont été brandies en tribunes – la Bundesliga a annoncé courant novembre 2018 revenir sur sa décision, et mettre un terme aux matchs le lundi à partir de 2021 – soit à l’expiration du contrat audiovisuel actuel.

Une décision montrant clairement l’écoute dont fait preuve la DFL vis-à-vis des supporters, et qui contraste notamment avec la politique de LaLiga ou de la Premier League, dont les mesures tendent de plus en plus à pénaliser les supporters locaux, au détriment des fans étrangers.

Du spectacle sur le terrain … et en tribunes !

L’ambiance en tribunes est l’autre caractéristique majeure des stades allemands. Il faut d’abord comprendre que la culture ‘ultras’ fait partie intégrante du paysage footballistique allemand. Le comportement naturel du public est donc, quel que soit le club, son niveau de jeu, et l’affiche disputée, plutôt enthousiaste, car c’est la manière qu’ont la plupart des supporters allemands de profiter d’un match. Un comportement bonifié par le jeu offensif pratiqué par bon nombre de clubs de Bundesliga, championnat qui compte pourtant moins de superstars que la Premier League ou encore la Liga.

De leur côté, les instances du football allemand ont bien compris l’importance des ultras pour la promotion du championnat de Bundesliga. Quand conflit il y a – les groupes ultras reprochent régulièrement à la Bundesliga d’adopter de plus en plus des comportements pro-business, où droits TV et montée des prix des places sont de mise – l’instance allemande opte systématiquement pour un dialogue avec les groupes de supporters, en laissant de côté les solutions les plus radicales.

En 2017, Reinhard Grindel, alors président de la DFB, avait ainsi interdit l’utilisation du huis-clos en Bundesliga, justifiant que les comportements de certains supporters n’étaient pas une raison pour punir tout un groupe, et tout un stade en le privant d’ambiance. Cette pratique vise aussi à éviter les pertes économiques que représente l’organisation de rencontres sans aucun supporter présent en tribunes.

Un modèle qui triomphe sur le plan financier

Cette politique, visant à rendre les stades vivants, a contribué à remplir les stades de Bundesliga. De 2010 à 2017, la Bundesliga a ainsi comptabilisé une affluence moyenne de plus de 42 300 personnes, ce qui constitue la plus forte affluence au monde pour un championnat de football, et la 3ème tous sports confondus, derrière la NFL et la NCAA, le championnat universitaire de football américain. En 2017/18, le championnat allemand a même atteint un nouveau record, avec une affluence moyenne de 44 500 spectateurs, confortant plus que jamais sa place de leader dans le domaine.

Un succès qui se prolonge sur le terrain économique. La saison passée, le championnat allemand a ainsi dégagé plus de 500 M€ de revenus de billetterie. Un montant en hausse constante depuis plusieurs années, qui place la Bundesliga au 2ème rang européen, derrière la Premier League. Il faut dire que si la gentrification des stades anglais via l’augmentation du prix des places a sacrifié l’ambiance qui régnait autrefois en Premier League, elle a néanmoins permis, grâce à une affluence moyenne frôlant les 100%, de démultiplier les recettes de billetterie des clubs.

Le modèle allemand ne compte cependant pas aller jusqu’au sacrifice de l’ambiance pour que les enceintes génèrent davantage de profits … et a donc pensé à des solutions alternatives pour engranger des revenus supplémentaires. A l’image du développement de la pratique du naming. Pas moins de 15 clubs de Bundesliga possèdent aujourd’hui un accord de naming. Contrat qui rapporte en moyenne 2,6 M€ par saison. Par ailleurs, 14 clubs de 2. Bundesliga disposent également d’un accord de ce type.

En érigeant des enceintes modernes, et en tirant profit de leur imposante capacité pouvant accueillir les dizaines de milliers de fans se rendant au stade chaque week-end, pour encourager et faire vibrer le stade, grâce à des tarifs adaptés à toutes les classes sociales, les clubs allemands ont bâti un modèle qui semble être un parfait compromis entre les exigences économiques du football moderne et la place importante accordée aux supporters.

Par Antoine Blouin

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