Politique / Droit

Coupe du Monde 2026 : les fédérations à l’heure du choix

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Le 13 juin prochain, à la veille du lancement de l’édition 2018 en Russie, la FIFA révélera le nom de la candidature retenue pour organiser la Coupe du Monde 2026. Une élection qui se jouera entre le Maroc et le trio américain composé des Etats-Unis, du Mexique et du Canada. Et à maintenant quelques semaines du scrutin, qui impliquera l’ensemble des fédérations affiliées à la FIFA, certaines commencent à révéler leur choix. Décryptage par Guillaume Monteiro.

« Nous voulons une élection aussi objective et transparente que possible. » Le président de la FIFA, Gianni Infantino, jouera une partie de sa crédibilité et celle de l’institution lors du scrutin du 13 juin prochain. Car après les scandales qui ont entouré l’attribution de la Coupe du Monde 2018 à la Russie et celle de 2022 au Qatar, la crédibilité de l’instance dirigeante du football mondial en a pris un sacré coup. En conséquence, le système d’attribution a été totalement revu. Exit les vingt-cinq membres du Comité Exécutif de la FIFA (le COMEX), dont la plupart de ses membres ont été accusés dans des affaires de corruption. Et place à l’ensemble des fédérations de l’échiquier mondial.

En effet, ce seront désormais les représentants des 211 nations affiliées à la FIFA qui auront le devoir de voter lors de chaque élection. Un système plus démocratique et un nombre de votants bien plus élevé qui permet de réduire le risque de corruption. Ou du moins, le poids accordé à un vote.

Pour l’attribution de l’édition 2026, les candidatures devront récolter un minimum de 104 voix pour obtenir la majorité absolue. En effet, il n’y aura que 206 fédérations votantes pour cette élection car les pays candidats (donc le Maroc et les trois nations américaines) ne sont logiquement pas autorisés à y prendre part, tout comme la fédération du Guatemala, dernièrement suspendue par la FIFA. Géographiquement, cela donne 53 voix pour les fédérations de la CAF (zone Afrique), 31 pour celles de la zone CONCACAF (Amérique du Nord, Amérique centrale et Caraïbes), 10 pour le CONMEBOL (Amérique du Sud), 11 pour l’OFC (Océanie et îles de l’océan Pacifique), 46 pour l’AFC (Asie) et enfin 55 pour l’UEFA (Europe). Chaque votant aura la possibilité de voter pour l’un des deux candidats ou bien de déposer un bulletin vierge dans l’urne. Et la FIFA a également indiqué que les votes seraient révélés publiquement après l’élection.

Le Maroc avance ses pions

Peu de personnes n’auraient ne serait-ce qu’imaginer une possible victoire du Maroc. Considérée comme bien trop inoffensive face à la force de frappe du trio nord-américain, la candidature marocaine paraissait vouée à l’échec. Mais depuis quelques mois, plusieurs annonces de soutiens émanant de puissantes fédérations ont probablement instillé un petit doute dans l’esprit de l’opinion publique. C’est tout d’abord la France, par l’intermédiaire de Noël Le Graët, qui a fait savoir son intention de voter pour le Maroc. Le président avait insisté en déclarant qu’il espérait que ce soutien donne « un élan à l’Europe pour choisir le Maroc ». Et d’autres pays se sont effectivement ralliés à la cause marocaine, comme la Belgique, la Serbie ou encore le Luxembourg.

Mais le plus grand exploit du Maroc serait de susciter l’adhésion de l’ensemble du continent africain derrière sa candidature. Et en obtenant le soutien de l’Afrique du Sud, avec qui les relations étaient très froides sur le sujet de l’exploitation des ressources du Sahara Occidental, il semble avoir fait un grand pas. Danny Jordaan, président de la Fédération sud-africaine a ainsi mis en exergue le dossier marocain en disant que « la candidature du Maroc est celle de l’Afrique ». Un appel du pied aux fédérations de la CAF, renforcé par l’implication de certaines légendes du football africain telles que Didier Drogba ou Samuel Eto’o, tous deux ambassadeurs de la candidature.

Autre appui de poids, celui de l’ensemble des pays membres de la Ligue Arabe. Réunis il y a quelques jours en Arabie Saoudite pour le 29ème sommet arabe, les Etats ont eu la possibilité de s’exprimer au sujet du Mondial 2026. Et à l’issue du sommet, le ministre des affaires étrangères marocain Nasser Bourita, affirmait avoir obtenu à l’unanimité le soutien des différents pays à la candidature marocaine. Il n’y a cependant pas eu de confirmations officielles des dirigeants. Néanmoins, le rassemblement du monde arabe, voire du monde musulman, autour de la candidature marocaine constitue un objectif important pour l’état-major de la candidature du royaume chérifien. Un défi qui ne semble plus hors de portée pour le Maroc.

Des Américains en proie au doute ?

Du côté américain, le résultat de cette élection englobe des enjeux beaucoup plus vastes que le simple football. Organiser la plus grande compétition du sport le plus populaire et médiatisé au monde représente une occasion inestimable d’affirmer sa puissance mondiale et de mettre en lumière le savoir-faire américain.

Le trio américain s’est déjà assuré du soutien des pays sud-américains, qui ont annoncé via Alejandro Dominguez, président du CONMEBOL, leur soutien à la candidature américaine. Ce dernier a ainsi déclaré que « le football sud-américain doit contribuer au développement du football sur l’ensemble du continent américain ». Et il semble acquis que la plupart des pays de la zone CONCACAF devrait également se tourner vers la candidature américaine.

Des soutiens non négligeables pour la triple candidature, qui ne semble pas être parvenue à convaincre certains pays du Golfe. Le cas de l’Arabie-Saoudite est en ce sens emblématique. Alors que Carlos Cadeiros, président de la fédération américaine, affirmait il y a peu avoir convaincu l’Arabie Saoudite quant à la robustesse du dossier ; le dénouement du dernier sommet de la Ligue Arabe remet en cause le choix de l’Arabie Saoudite pour la candidature nord-américaine. Néanmoins, le vote de la fédération saoudienne peut encore évoluer d’ici le scrutin. Et étant donné les liens diplomatiques et économiques étroits entre l’administration Trump et les dirigeants saoudiens, il est difficile de croire que l’Arabie Saoudite ne votera pas pour le trio Mexique-Etats-Unis-Canada.

Mais si le dossier américain ne convainc pas si facilement, c’est aussi qu’il parait plus fragile que prévu. Le retrait de certaines villes emblématiques de la candidature, telles que Vancouver et Chicago, ont fait vaciller la confiance américaine. Et la question de l’obtention des visas américains qui permettront aux supporters de se déplacer sur les trois pays, l’un des points noirs de la candidature, n’a même pas été évoqué dans ce dossier. Bien que les dirigeants assurent qu’il n’y aura aucun problème, aucune solution concrète n’a encore été avancée. De plus, les tensions diplomatiques liées à l’élection de Donald Trump pourraient bien jouer un rôle dans le choix de certaines fédérations. Ainsi, il serait surprenant de voir la Chine ou la Russie décider de se tourner vers la candidature américaine… D’autant plus que voir les Etats-Unis échouer sur ses terres à Moscou, lieu du tirage au sort, procurerait probablement une joie intense du côté des Russes.

Un enjeu plus fort que tout ?

Première Coupe du Monde disputée à quarante-huit équipes, la Coupe du Monde 2026 sera sans aucun doute la plus lucrative de l’histoire pour la FIFA. Et, aux yeux de la fédération internationale, le marché américain possède un potentiel de développement plus important que celui de l’Afrique. Beaucoup se demandent alors si les jeux ne sont pas déjà faits au regard des intérêts financiers colossaux que représenterait un Mondial en Amérique du Nord. D’autant plus que, selon certains médias britanniques, les diffuseurs américains auraient déjà prévu de verser une prime de 302 M$ à la FIFA en cas de désignation de la candidature nord-américaine. De quoi influencer le résultat final du scrutin…

Du côté des Etats-Unis, l’échec de 2010 face à la candidature qatarie n’a toujours pas été digérée. D’ailleurs, la justice américaine a frappé fort suite à cette défaite en contribuant grandement au Fifagate, scandale qui a conduit à l’inculpation de nombreux hauts dirigeants de la fédération internationale. Une affaire qui a marqué les esprits du côté de la FIFA, qui ne souhaite probablement pas vivre à nouveau un tel scénario. Spécialiste des questions liées à la géopolitique du sport, Jean-Baptiste Guégan nous expliquait récemment que le choix américain représentait l’unique solution pour que la FIFA retrouve « une certaine stabilité » et obtienne « un répit de la part de la justice américaine ».

Une partie qui serait donc déjà jouée, et qui suscite quelques inquiétudes dans le camp marocain. Fouzi Lekjaa, Président de la Fédération Marocaine (FRMF), s’est notamment offusqué de la mise en place de la « Task Force », commission d’évaluation de la FIFA chargée d’étudier les candidatures, et surtout de la marge de manœuvre de cette dernière. Représentée par cinq membres de la FIFA, cette Task Force a la possibilité d’écarter définitivement un candidat qu’elle considérerait comme ne répondant pas aux exigences. Une manœuvre supplémentaire pour tenter de décrédibiliser la candidature marocaine ? Réponse le 13 juin prochain. Car quel que soit les communiqués ou les déclarations faites avant le vote, il n’y aura qu’une seule vérité. Celle des urnes.

Par Guillaume Monteiro

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