Politique / Droit

Quel pays organisera la Coupe du Monde 2026 ?

attribution coupe du monde 2026 jean baptiste guegan

Obtenir l’organisation d’une grande compétition sportive requiert la maîtrise d’un certain nombre de paramètres. Outre la qualité du dossier, d’autres enjeux – notamment financiers et géopolitiques – viennent systématiquement s’immiscer dans le processus de désignation. Ecofoot.fr fait le point cette semaine avec Jean-Baptiste Guégan, Spécialiste des questions géopolitiques et Auteur de La Géopolitique du sport, une autre explication du monde, sur l’attribution des éditions 2026 et 2030 de la Coupe du Monde.

Selon certains experts, il existerait un accord secret suite au Fifagate de 2015, permettant aux Etats-Unis d’organiser le Mondial 2026. La triple candidature Etats-Unis/Canada/Mexique est-elle alors assurée d’organiser l’édition 2026 de la Coupe du Monde ?

Pour comprendre le mécanisme de désignation du Mondial 2026, il faut se replacer quelques années en arrière, dans le contexte d’attribution des Coupes du monde 2018 en Russie et 2022 au Qatar. Tout vient de là.

Depuis le 2 décembre 2010, jour du vote, la FIFA est clairement sous pression. Elle paie les arrangements d’une désignation conjointe qui a offert à la Russie et au Qatar, la plus grande des compétitions sportives avec les JO. Le tout face à l’Angleterre et aux Etats-Unis…

Cette journée restera dans l’histoire de l’organisation pour ses conséquences directes.

Dans un contexte où les Etats-Unis souhaitent réinvestir le sport mondial et son organisation pour affirmer leur puissance globale, notamment face à la Chine, cette co-désignation inattendue a surpris.

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Elle a surtout profondément irrité le pouvoir sportif et politique aux Etats-Unis. Se faisant, la FIFA s’est attiré un ennemi puissant : l’administration américaine.  De ce moment naît le FIFAGate, scandale qui va balayer l’organisation installée à Zurich.

Appuyée par une Grande-Bretagne toute aussi revancharde, la justice américaine s’est auto-saisie. Menée par Loretta Lynch, elle a attaqué la FIFA en ciblant ses compromissions, ses pratiques et leurs principaux bénéficiaires. Et force est de constater que la manœuvre américaine a fonctionné.

Le Président de la FIFA (Sepp Blatter), ses proches et son successeur désigné (Michel Platini, l’ancien Président de l’UEFA) ont été débarqués par la justice sportive et confrontés à la justice civile. Son comité exécutif a été profondément renouvelé. Ainsi, treize des vingt-deux membres ayant participé aux votes de 2010 ont été soit inculpés, soit suspendus, soit écartés ou encore avertis. Quant aux confédérations américaines (CONCACAF, CONMEBOL) et africaine (CAF), elles ont été décapitées et renouvelées.

Mais le FifaGate a marqué la fin de l’ère Blatter et l’arrivée d’une nouvelle direction avec à sa tête Gianni Infantino. La nouvelle équipe dirigeante est-elle également sous la pression de la justice américaine ?

En effet, le FifaGate a marqué la fin du système Blatter et le début de l’ère Infantino. Avec un objectif affiché : plus de transparence et la fin de pratiques douteuses et compromettantes.

Mais surtout le scandale a laissé des traces et marqué les consciences des nouveaux dirigeants. La FIFA a clairement compris qu’il lui fallait redonner des gages à ceux qui l’ont déstabilisé. C’est là où le “Grand Jeu” géopolitique l’emporte sur le simple calcul sportif ou la qualité des dossiers de candidature.

Depuis la désignation des outsiders russe et qatarien pour l’organisation de ces Coupes du monde, la FIFA et son nouveau Président, Gianni Infantino, ont été obligés de revoir sous la contrainte, leurs procédures d’attribution. Il leur faut considérer des rapports de force géopolitiques que l’organisation avait oubliés ou négligés jusqu’alors…

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D’où la très forte probabilité de voir les Etats-Unis organiser la Coupe du monde en 2026.

C’est à ce prix que la FIFA retrouvera une certaine stabilité et qu’elle obtiendra le répit que la justice américaine lui a refusé jusqu’alors. Evidemment, la communication de l’institution sera différente.

Elle insistera sur le changement de pratiques, sur la qualité de la candidature nord-américaine, sur les bénéfices et les moindres coûts d’une co-organisation mais la réalité sera différente.

Le rapport de force est clairement en défaveur de l’organisation sportive internationale qu’est la FIFA. Elle n’a pas le choix et Gianni Infantino le sait.

La rumeur d’un tel accord explique-t-elle le faible nombre de candidats pour organiser l’édition 2026 ?

Il n’y a même pas besoin d’accord secret. Le faible nombre de candidats s’explique simplement. Sur l’échiquier sportif mondial, la partie géopolitique qui se joue, a clairement désigné ses vainqueurs. Il n’y aura aucune surprise. Les autres candidats potentiels le savent bien. Les jeux sont faits et cette fois, les Etats-Unis ne se laisseront pas devancer.

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En déclenchant le FIFAGate, les Etats-Unis ont montré leur capacité de nuisance et d’intervention en balayant l’exécutif de la FIFA en quelques mois. Et le recours à une procédure extraterritoriale qui a obligé la Suisse à collaborer malgré elle, l’a clairement démontré. Tout le monde est prévenu, la FIFA au premier chef.

Au regard des coûts d’un projet de candidature, face au défi d’accueillir 48 nations et confronté aux intérêts stratégiques des Etats-Unis, la défaite est assurée pour tous les autres compétiteurs.

Le soft power sportif américain ne se négocie pas et le Canada de Justin Trudeau l’a aussi bien compris. Lui qui réfléchissait à y aller seul a sagement décidé de se rapprocher des Etats-Unis pour co-organiser l’événement. Le Mexique a fait de même.

L’élection de Donald Trump peut-elle remettre en cause la victoire annoncée de la candidature nord-américaine concernant l’organisation du Mondial 2026 ?

En effet, ce sera assez intéressant de voir l’organisation de cette candidature à l’heure où l’administration Trump songe à remettre en cause l’ALENA (l’accord de libre-échange nord-américain) et où elle attaque le Mexique, frontalement, avec son projet de mur. La question des visas de circulation entre les trois pays sera aussi une question clef à l’heure où l’”America first” et la question migratoire occupent les esprits aux Etats-Unis. Ce ne sera pas le moindre des défis à relever pour réussir cette Coupe du monde…

A côté de la candidature nord-américaine, vainqueur annoncée, il y a aura évidemment d’autres candidatures. Elles chercheront à se positionner pour les prochains tournois et pour d’autres manifestations sportives ou internationales, en échange d’un soutien nord-américain ultérieur. C’est le cas du Maroc. Malgré la qualité de son dossier et en attendant d’autres postulants, ce seront davantage des candidatures de témoignages que des gagnants potentiels.

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C’est d’autant plus manifeste que la FIFA elle-même a plus à gagner en attribuant la Coupe du monde à l’Amérique du Nord. En le faisant, elle contribuera à son plus grand profit, à la croissance du marché nord-américain, un marché dont le potentiel est sans commune mesure avec le marché nord-africain.

En outre, en mai 2020, la FIFA ne désignera que l’organisateur de la Coupe du monde 2026 dans le cadre d’un scrutin modifié où toutes les fédérations affiliées participeront. Il sera donc impossible d’avoir le même type d’arrangement que lors du scrutin de décembre 2010 où les uns se sont alliés aux autres pour faire gagner le Qatar et la Russie.

A l’exception d’un nouveau scandale déstabilisant la FIFA, de difficultés politiques et économiques nord-américaines ou d’un événement géopolitique majeur, les planètes semblent parfaitement alignées : la partie paraît gagnée pour la candidature américaine.

Pour consulter la deuxième partie de l’interview accordée par Jean-Baptiste Guégan  : https://www.ecofoot.fr/interview-jean-baptiste-guegan-candidature-maroc-coupe-monde-2405/

Source photo à la Une : Flickr.com – CC BY 2.0

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