Edito

Les arbitres, et si on arrêtait d’en parler ?

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Dans ce nouvel édito, Pierre Rondeau, Economiste du Sport, explique pourquoi il faut accepter les décisions d’arbitrage au lieu de pointer du doigt les hommes en noir et de mettre sans cesse en avant leurs « prétendues » erreurs.

Mercredi, après la rencontre de coupe de France Montpellier – Lyon, le président Jean-Michel Aulas a déclaré « ne plus vouloir parler des arbitres ».

Il faut dire que cela était devenu une habitude parmi les dirigeants du football français. Après chaque défaite, il était courant, dans la presse, de justifier une débâcle par l’incompétence arbitrale.

Un hors-jeu non-sifflé, un penalty oublié ou une faute non sanctionnée, toutes les excuses étaient bonnes pour couvrir une défaite. « N’en jetez plus, c’est la faute de l’arbitre. » Si on a perdu, ce n’est pas à cause de notre niveau, de nos joueurs, de notre tactique, de notre incapacité à marquer et à prendre la tangente, c’est seulement à cause de l’arbitre.

Et les arguments se multipliaient au fil des saisons. Aucun représentant français à la coupe du Monde 2014, aucun en Ligue des Champions ou à l’Euro 2016, à partir des quarts de finale. Dans l’inconscient collectif, la France serait devenue d’une nullité crasse en matière d’arbitres. Nous aurions les pires, les plus nuls, les plus mauvais, les plus catastrophiques.

Absence d’empathie, de discussion, de connaissance, de dialogue. Tout cela ne viendrait que confirmer ce que nous croyons tous savoir et justifierait, à chaque fois, un mauvais résultat.

En sommes-nous vraiment surs ? Au-delà du locus de contrôle externe, notion en psychologie désignant la capacité à rejeter la faute sur les autres – si j’ai eu une mauvaise note, c’est parce que le prof est mauvais ; si j’ai eu un accident, c’est à cause du piéton, etc. – nous serions victime d’un biais d’analyse qui contraindrait notre raisonnement.

Telle une accumulation argumentative, notre regard à l’encontre du corps arbitral serait modifié, nous serions forcés à croire qu’il est mauvais. Tous les week-ends la même chanson, le même discours. Sitôt la télévision allumée, notre téléphone connecté sur les réseaux sociaux, un hashtag domine : l’arbitre a eu tort, il s’est trompé, il nous a volé la victoire.

Parce que la tendance générale est à la critique, celle-ci vient nourrir les avis futurs et altérer le développement objectif : nous sommes persuadés que les arbitres sont mauvais parce que nous ne cessons de le répéter.

Et les conséquences sont fâcheuses. D’après l’association des arbitres amateurs, l’UNAF, 400 agressions physiques ont été dénombrées l’année dernière, sur les terrains de quartier, entre des équipes du dimanche matin. Là où il n’y a pas d’argent en jeu et aucune médiatisation, où la défaite n’est pas dommageable.

Pour Patrick Lhermite, responsable de l’arbitrage en Ile-de-France, le monde professionnel a une responsabilité vis-à-vis des amateurs. « Les propos des dirigeants ou les travers médiatiques de certains consultants pour faire le buzz, c’est très dangereux. Il ne faut pas s’étonner que dans nos tribunes, on dégueule sur les arbitres au niveau régional. »

Peut-être faudrait-il suivre Aulas. Ce n’est pas parce que nous disons que les arbitres sont mauvais qu’ils sont vraiment mauvais, mais en l’affirmant, nous nous persuadons de ce problème.

Arrêtons d’en parler, de rejeter la faute sur eux. Si une équipe n’est pas capable de gagner, ce n’est pas à cause d’un homme mais à cause de son incapacité à marquer.

Arrêtons de taper sur les arbitres et intéressons-nous uniquement au football, au jeu, aux équipes et aux joueurs.

Faisons tous une Jean-Michel Aulas …

Par Pierre Rondeau

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