Edito

Emmanuel Macron aime-t-il vraiment le sport ?

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Frederic Legrand - COMEO / Shutterstock.com

Le sport est-il le parent pauvre de la politique conduite par Emmanuel Macron et son Premier Ministre, Edouard Philippe ? Dans ce nouvel édito, Pierre Rondeau, codirecteur de l’Observatoire Sport et Société de la Fondation Jean Jaurès, s’interroge sur la politique sportive menée par le Président de la République.

Emmanuel Macron s’est toujours présenté comme un fan de sport. Supporter de l’Olympique de Marseille depuis sa prime adolescence, joueur assidu de tennis, il s’est régulièrement présenté entouré de sportives et de sportifs professionnels, affichant un plaisir immodéré et une culture certaine dans le domaine.

Tout le monde s’attendait donc à ce qu’il poursuive la politique ambitieuse et novatrice de son prédécesseur François Hollande. D’autant plus qu’un certain nombre des membres du cabinet de Thierry Braillard, l’ancien secrétaire d’Etat au sport, furent maintenus au sein de l’administration macronienne.

Et puis finalement rien. Aucune réforme visant à renforcer le secteur sportif, aucun moyen supplémentaire mis en avant, aucune action, aucun projet à destination du sport. Rien à l’horizon. Pis, c’est même une déstructuration qui pointa le bout de son nez.

Dès 2017, le budget du ministère des Sports, alors dirigé par l’ancienne escrimeuse Laura Flessel, diminua de plus de 7%. Les dotations publiques en faveur des clubs amateurs commencèrent à baisser et on décida la suppression de plus de 120 000 emplois aidés, pourtant essentiels au secteur. Quant au CNDS, alors centre névralgique de la finance sportive, son budget fut divisé par 2 sans aucune concertation ni anticipation. Autrement dit, le sport était totalement dénaturé et abandonné.

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Et malgré l’obtention des JO de Paris, en 2024, malgré la victoire des Bleus à la coupe du Monde de football, rien ne changea et Emmanuel Macron poursuivit sa politique mortifère et désastreuse à l’égard du sport.

Il est alors parfaitement légitime de se poser cette question aujourd’hui : notre président aime-t-il véritablement le sport ? Il suffit, pour se faire une idée, d’énumérer les actualités récentes.

Face à la contrainte budgétaire et au nécessaire réajustement des comptes, Matignon et l’Elysée auraient imposé, en juillet dernier, une nouvelle diminution de 6.2% du budget du ministère des sports en 2019 et, surtout, une suppression de 1600 postes de conseillers techniques sportifs, soit 50% de l’effectif des fonctionnaires du ministère.

D’après Philippe Bana, le président de l’association des DTN, « c’est une nuit de Saint-Barthélemy qui s’impose au sport français. […] Il y a un paradoxe de demander au plus petit des ministères qui compte moins de 3000 postes de faire le plus gros effort. Ce n’est pas un effort, c’est une braderie ».

Effectivement, pourquoi tant de haine ? Pourquoi le sport est-il tant dévoyé, tant martyrisé, tant attaqué sous ce gouvernement ? N’ont-ils pas compris l’importance et l’utilité primordiales de ce secteur, vecteur de cohésion sociale, d’intégration, de bien-être, de vivre-ensemble, de santé, de connaissance et de savoir. Investir dans le sport c’est espérer récupérer 5 fois, 10 fois, 20 fois plus sur plusieurs générations, c’est pouvoir récupérer bien plus économiquement, socialement, sociétalement, diplomatiquement, culturellement, humainement.

Le sport ça n’est pas un loisir futile et secondaire, un outil désuet et dispensable. C’est même tout l’inverse, il favorise et intègre, il accélère et protège. Nier ces évidences est dangereux et terriblement périlleux.

Sans le tissu du sport amateur, le même qui fait de la France un pays mondialement connu et reconnu, une force athlétique et sportive, où sera la prochaine génération ? Où seront les sportives et les sportifs qui représenteront la France de demain ?

Emmanuel Macron a-t-il intégré ce péril ? S’est-il rendu compte du danger qui le guette, à force de trop vouloir tirer sur la corde et de faire du sport une variable d’ajustement inique et injustifiée ?

Tuer le sport, c’est aussi tuer une partie du patrimoine national …

Par Pierre Rondeau  Codirecteur de l’Observatoire Sport et Société à la Fondation Jean Jaurès

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