Edito

Edito – Histoire des ultras

mouvement ultra culture et histoire
cristiano barni / Shutterstock.com

Alors que les ultras sont généralement stigmatisés par les médias en raison notamment de prétendus comportements violents ; certains rappels historiques sur l’origine d’un tel mouvement permettent de mieux comprendre les réelles motivations des différents groupes de supporters ayant essaimé dans toute l’Europe à partir des années 70. Edito par Pierre Rondeau, Consultant RMC Sport et Co-directeur de l’Observatoire Sport et Société à la fondation Jean Jaurès.

Alors que la pensée collective maintient une image erronée de la culture ultra, perçue comme violente, raciste voire homophobe, il conviendrait de prendre un peu de hauteur et de se remémorer l’origine de ce mouvement.

Les premières traces remontent aux années 1950, en Italie. Le 4 mai 1949, après un match amical joué au Portugal, contre le Benfica Lisbonne, l’ensemble de l’équipe première, du staff et des dirigeants du Torino FC, club de Série A, périt dans un terrible accident d’avion. Ce malheur suscite une immense vague d’émotion dans tout le pays et plus particulièrement à Turin, ville d’origine des Grenats.

A la reprise du championnat, quelques semaines plus tard, c’est une équipe totalement remaniée qui rentre sur le terrain. Les jeunes, issus des sections amateurs et du centre de formation, semblent perdus et incapables de percer les défenses adverses. Les supporters du Torino, jusqu’ici calmes et respectueux des joutes sportives, comme beaucoup d’autres fans transalpins, décident alors de sortir de leur gongs et se mettent à s’organiser en véritable entité structurée et représentative.

Il faut rendre hommage aux disparus et soutenir les nouveaux. En 1951, les tifosi fondent la première association de supporters du pays et commencent à se mettre en scène, aidés de drapeaux, de pancartes et nourris par des chants et des animations visuelles. Le but avoué est de compenser la faiblesse de leur équipe par un supporterisme exacerbé, par un amour du fanion augmenté.

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  • A la différence des hooligans britanniques, cette solidarité collective n’est pas le fait de la seule classe précaire, mais d’un melting-pot social soutenu, d’une volonté forte de socialiser et de fédérer autour d’un même idéal, d’un même dessein. D’après Mickaël Correia, auteur du livre Une Histoire Populaire du football, « cela devient un incontournable phénomène de masse dans la société italienne, favorisant les liens d’amitié et consolidant l’unité du groupe ».

    Rapidement, d’autres clubs italiens adoptent ces codes et ces valeurs, sous l’impulsion des dirigeants, souhaitant maximiser la rentabilité financière, via la hausse des recettes de billetterie, et produire une motivation supplémentaire sur les joueurs. Entre 1953 et 1967, pratiquement toutes les équipes professionnelles d’Italie vont se retrouver avec des associations de supporters et des mouvements ultras.

    La chose va ensuite se propager à l’Europe entière, dans les années 1970 et 1980, à travers le développement des compétitions continentales et surtout grâce à la modernisation des retransmissions télévisuelles. Les fans de tous les pays vont chercher à copier les kops et les tifos italiens, à copier ce militantisme actif. En France, le premier groupe d’ultras, le Commando Ultra de l’Olympique de Marseille, nait en 1984. Beaucoup d’autres se rajouteront, à Paris, à Lyon, à Nice ou à Bordeaux, liés par la même volonté de soutien et de stimulation.

    C’est d’ailleurs à cette époque que l’usage des engins pyrotechniques se généralise dans les enceintes et devient un élément incontournable de la culture ultra.

    Mais à partir des années 1990 et 2000, une diabolisation médiatique, juridique et politique apparait. Les ultras se retrouvent rapidement et systématiquement associés aux incidents violents et dangereux, ayant lieu dans et aux abords des stades. Ils sont stigmatisés et vilipendés sous l’autel d’impératifs sécuritaires.

    Pourtant, ce très bref rappel historique permet de rappeler, une bonne fois pour toutes, un point évident : la constitution des groupes ultras ne s’est pas faite dans la haine et la détestation mais, au contraire, dans le partage, la solidarité et l’entraide.

    Il serait temps que quelques-uns intègrent cette idée définitivement …

    Par Pierre Rondeau  Consultant RMC Sport et Codirecteur de l’Observatoire Sport et Société à la Fondation Jean Jaurès

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