Edito

Ligue des Champions : et si on changeait tout ?

édito champions league
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Dans ce nouvel édito, Pierre Rondeau, Economiste du sport, explore de nouvelles pistes afin d’accroître l’intensité concurrentielle de la Ligue des Champions.

Année après année, saison après saison, victoire après victoire, c’est toujours la même rengaine. Les tirages au sort des quarts de finale de Ligue des Champions ont eu lieu vendredi dernier et que constate-t-on ? Les 8 équipes présentes sont quasiment les mêmes que la saison dernière, qu’il y a 2 ans, qu’il y a 3 ans, qu’il y a 4 ans…

On y trouve le Real Madrid (normal), le FC Barcelone (évidemment), le FC Bayern Munich (pas étonnant), la Juventus (heureusement). On redécouvre aussi des historiques, Liverpool et l’AS Rome, d’anciennes gloires européennes, le nouveau riche Manchester City et la surprise, le FC Séville.

Globalement, si l’on avait parié, en début d’année, sur les clubs présents en quart, il aurait suffi de donner les plus grands, les plus cotés, les plus réputés, et on ne se serait pas trompé 9 fois sur 10. La Ligue des Champions semble, de plus en plus, se présenter comme une ligue fermée, avec les mêmes ténors, les mêmes leaders, les mêmes locomotives, les mêmes stars.

La probabilité de ne pas y retrouver les deux géants espagnols, le Real et le Barca, la puissance allemande, le Bayern, ou la vieille dame italienne, la Juventus, est presque nulle, inexistante, imperceptible. Ces équipes bénéficieraient d’une rente de situation, de position, qui, depuis le début des années 2000, leur octroierait de fait une place garantie en quart de finale.

Les explications sont connues : l’arrêt Bosman, de 1995, avec la libéralisation des échanges et la libre-circulation accordée aux joueurs de l’espace communautaire ; la réforme des coupes d’Europe, en 2003, qui a modifié l’offre de redistribution des recettes de droits TV en faveur des puissances économiques, via le fameux marketpool ; le fair-play financier, en 2011, qui a bloqué la hiérarchie sportive en contraignant les investissements des nouveaux riches et des outsiders moins fortunés ; l’explosion des droits TV locaux et internationaux dans les 4 plus grands championnats européens…

Mais existe-t-il au moins des solutions ? Le président de l’UEFA, Aleksander Čeferin, a avoué récemment à la presse vouloir renforcer l’intensité sportive de la compétition, rétablir une certaine équité compétitive, finalement accorder « autant de chance à tous les participants ». En termes économique, on parlerait de « randomisation du champion », lorsque tout le monde peut battre tout le monde, et que n’importe qui peut envisager de remporter le trophée final.

Cette conception de randomisation vient des écoles nord-américaines où, outre-Atlantique, la quête permanente de suspense dans le sport est poussée à son paroxysme. En effet, la concurrence entre le basket, le baseball, le hockey, le soccer et le foot US a poussé les dirigeants à d’abord miser sur le spectacle et l’incertitude, à offrir de l’intensité et du dynamisme aux supporters.

Comment ont-ils procédé ? Egalisation des droits TV, plafonnement salarial, taxe sur le luxe et les dépenses fastueuses, système de draft lors des transferts avec priorité de choix accordée aux derniers… Résultat ? Dans certaines ligues, notamment en hockey sur glace, la NHL, l’intensité compétitive, est l’une des plus élevées au monde.

Alors qu’est-ce qu’on attend pour appliquer ces outils en Europe ? Le faire à échelle nationale est impossible, on ne peut pas imposer une égalité des droits TV dans un championnat ouvert par exemple, mais en Coupe d’Europe, tout est possible !

Par Pierre Rondeau

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