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Economie

Comment évaluer les facteurs de risque lors de l’acquisition d’un club de foot ?

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Comment un néo-investisseur cherchant à acquérir un club de football doit-il s’y prendre pour mener à bien son projet ? Si une analyse poussée de la situation financière reste indispensable pour finaliser une telle transaction, elle n’est néanmoins pas suffisante pour évaluer un club. Une étude approfondie des facteurs de risque est désormais nécessaire pour déterminer au mieux le prix d’achat d’un tel actif. Louis-David Magnien, Regional Managing Director EMEA de Kroll, leader mondial en investigation et gestion des risques, décrypte les pratiques utilisées par les nouveaux investisseurs pour réussir leur entrée dans le monde du football. Entretien.

Quelle démarche doit entreprendre un investisseur intéressé par le rachat d’un club de football professionnel pour évaluer au mieux les risques liés à une telle acquisition ? Quels sont les facteurs de risque les plus fréquents constatés au sein de l’industrie footballistique ?

Le recours à un cabinet d’intelligence économique et de gestion des risques, tel que Kroll, permet à l’investisseur potentiel de disposer d’une cartographie complète de l’objet de l’acquisition future. Nos investigations peuvent non seulement porter sur la cible de l’acquisition mais aussi un co-investisseur ou tout autre apporteur d’affaires et parties prenantes à la transaction.

Notre  intervention vise à obtenir une vue fine à 360° afin de considérer l’ensemble des risques encourus par un investisseur. Nos actions vont permettre de déterminer la véritable organisation corporate et juridique du club, c’est-à-dire les principaux véhicules juridiques permettant de détenir les actifs, les juridictions concernées ainsi que les principaux mandataires et décideurs. L’investigation va également porter sur l’identification des principaux facteurs de risques (risques de conflits d’intérêt, de corruption, de blanchiment, les risques réputationnels…), et la récupération d’éléments négatifs ou dirimants. Ces éléments peuvent notamment être d’ordre économique, et peuvent influencer l’appréhension de la solvabilité du club, de son niveau d’endettement réel…

Mais, pour être pertinentes, les diligences d’acquisition doivent dépasser les seules dimensions juridiques et économiques pour adresser les enjeux de réputation et de conformité. L’appréhension du risque, tout particulièrement dans un secteur aussi médiatiquement exposé et porteur d’émotions que le football, ne peut être cantonné à sa simple dimension financière.

Notre approche repose sur des investigations au sein du domaine public, par l’intermédiaire de bases de données spécialisées et d’outils techniques capable de transformer en une information intelligible, un large volume de données,  et d’interactions en ligne. Nos recherches vont ensuite être complétées et affinées par des entretiens auprès de sources spécialisées choisies pour leur capacité à conférer de la valeur ajoutée à nos investigations.

« L’appréhension du risque, tout particulièrement dans un secteur aussi médiatiquement exposé que le football, ne peut être cantonné à sa simple dimension financière »

Nos investigations pré-transactions permettent d’identifier les facteurs susceptibles de remettre en cause la probité d’un futur investissement, mettre en lumière des informations dirimantes susceptibles de mettre en péril une image, une réputation, ou l’intégrité d’un modèle. Elles permettent de comprendre un environnement, de juger de l’adéquation potentielle avec un écosystème, et donc, à terme, de prendre les bonnes décisions.

De manière générale, le risque le plus important serait de se cantonner à une approche à courte-vue, mono-centrée sur une liste de ratios financiers, et qui écarterait donc la prise en compte de facteurs de risques tiers. 

Une approche visant à évaluer les facteurs de risque ne doit-elle pas être systématiquement adoptée par un investisseur intéressé par une incursion dans l’industrie footballistique ? Cette approche n’a-t-elle pas également pour objectif de tirer le prix de vente vers le bas ?

Quand on porte attention aux sommes engagées et aux enjeux convoqués, ces démarches nous paraissent évidentes. Le secteur se convertit peu à peu à ces pratiques à mesure que les modèles évoluent. La figure de l’entrepreneur local côtoie désormais les consortiums de fonds d’investissement, des bailleurs de fonds…

Par exemple, le rachat de la Berrichonne de Châteauroux par le prince saoudien Abdullah bin Mosaad, ou encore le rachat de l’ESTAC par le City Football Group sont autant de formidables opportunités pour le football français, que de vecteurs d’attraction pour des investisseurs futurs. Pour chaque partie, vendeur ou acquéreur, il s’agit de déterminer si la transaction est viable.

Une approche investigative globale permet non seulement à l’investisseur d’évaluer les enjeux, les opportunités, et les risques, mais aussi de s’imprégner d’une culture propre à chaque sport, à chaque championnat. Les exemples récents d’un décalage culturel entre les investisseurs et les clubs de football appellent d’eux-mêmes à adopter de nouvelles approches.

« Le rachat de la Berrichonne de Châteauroux par le prince saoudien Abdullah bin Mosaad, ou encore le rachat de l’ESTAC par le City Football Group sont autant de formidables opportunités pour le football français, que de vecteurs d’attraction pour des investisseurs futurs »

L’identification des risques par un cabinet d’intelligence économique ne vise pas à mettre fin de manière abrupte à une transaction au moindre risque identifié, ni à en faire un levier de négociation. Elle permet à chaque partie d’obtenir une vue plus claire sur les tenants et aboutissants d’une transaction, de clarifier les objectifs et intérêts des différentes parties ; et d’envisager au côté du cabinet, des processus de remédiation et de résolution. Le recours à un cabinet d’intelligence économique permet de sécuriser une transaction. 

Lors de la consultation menée en mai 2018 concernant la commercialisation des droits TV domestiques de Ligue 1 pour la période 2020-24, la LFP n’a pas su détecter les fragilités financières de Mediapro, nouvel entrant sur le marché français. Etant donné les enjeux et la multiplication des acteurs sur le marché des droits audiovisuels, les ligues professionnelles ne doivent-elles pas désormais systématiquement mener en amont des enquêtes financières visant à évaluer la solidité des potentiels candidats ?

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