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Economie

« Le football est désormais considéré comme une industrie à part entière par les fonds d’investissement »

Pressinphoto / Icon Sport

La crise du Covid-19 ne semble pas avoir freiné l’appétit des fonds d’investissement pour le football européen. Dernier exemple en date : le fonds américain Ares Management a réalisé son premier mouvement d’ampleur au sein du football européen en faisant son entrée au capital de l’Atletico de Madrid à travers une prise de participation dans Atlético Holdco. Une telle évolution va-t-elle continuer à s’amplifier lors des mois et saisons à venir ? Maxime Budin, Directeur Exécutif de Tifosy, entreprise de conseil financier et plateforme de financement de référence de l’industrie sportive, nous livre ses analyses à ce sujet. Entretien.

Le football professionnel français pourrait-il connaître ces prochains mois de profonds changements actionnariaux en raison de l’impact de la crise sanitaire et des droits TV ? Les fonds d’investissement vont-ils alors en profiter pour accentuer leur présence dans le football hexagonal ?

Le rapprochement entre fonds d’investissement et acteurs du sport n’est pas forcément une tendance nouvelle. Elle était déjà perceptible avant l’éclatement de la crise sanitaire. Depuis une petite dizaine d’années, on observe un réel intérêt des fonds d’investissement pour le football européen. Un intérêt qui s’est fortement accentué ces trois dernières années avec certains fonds qui sont passés à l’action. Citons par exemple Silver Lake qui a acquis fin 2019 une participation au sein du capital social de City Football Group, maison mère de Manchester City. Ou encore Elliott Capital Management qui est devenu propriétaire de l’AC Milan, même si ce n’était probablement pas son intention initiale.

Les fonds d’investissement ont clairement revu leur position au sujet du sport ces dernières années. Ils considèrent désormais le secteur sportif – et en particulier le football – comme une industrie à part entière. Et la crise du Covid-19 n’a pas affecté cette évolution. Au contraire : le prix des actifs a baissé ces derniers mois dans le football européen ce qui offre de nouvelles opportunités. De plus, la pression sur les investissements dans les secteurs « classiques » est aujourd’hui très forte. La concurrence est vive entre les fonds qui doivent parfois envisager de nouveaux horizons au sein de leur stratégie d’investissement afin de tenir leurs objectifs de rendement. Les clubs de football sont ainsi devenus des cibles de choix pour les fonds. Ces derniers mois, des clubs comme La Spezia (Serie A) ou encore Burnley (Premier League) ont par exemple changé d’actionnaires.

Avec l’arrivée de ce type d’investisseurs on voit également l’émergence de nouvelles approches pan-européennes via la multipropriété au sein de l’industrie footballistique. A l’image de la stratégie employée par City Football Group depuis près d’une dizaine d’années. Ahmet Schaefer par exemple, via Core Sports Capital, cherche ainsi à bâtir un réseau de clubs avec notamment le Clermont Foot 63 (Ligue 1), l’Austria Lustenau (D2 autrichienne) ou encore Vendsyssel FF (D2 danoise). David Blitzer, actionnaire de Crystal Palace, semble également sur la même voie avec des participations en Espagne avec AD Alcorcón (Liga Adelante) ou encore en Belgique avec Waasland-Beveren (D1B belge). De nombreux fonds d’investissement réfléchissent ainsi à répliquer ce genre de stratégie.

Ceci étant dit, quand les fonds investissent en equity et dans un seul club, ils sont alors beaucoup plus averses aux risques, notamment de relégation. Ils préfèrent donc miser sur de plus grands clubs européens – quitte à détenir dans un premier temps une participation minoritaire – plutôt que d’investir dans des clubs dits intermédiaires. Une stratégie qui peut pénaliser les clubs français. D’autant que le dossier des droits TV constitue un obstacle supplémentaire. Il est très difficile aujourd’hui pour un néo-investisseur en Ligue 1 de bâtir un solide business plan sur 5 à 10 ans sans une visibilité claire sur les droits TV.

Les difficultés rencontrées par King Street au FC Girondins de Bordeaux ne vont-elles pas rebuter les fonds nord-américains d’investir dans le football professionnel français à l’avenir ?

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