Géopolitique

Iran : le football pris en otage par les conflits politiques

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almonfoto / Shutterstock.com

Au cœur des tensions qui agitent le Moyen-Orient depuis de nombreuses années, l’Iran voit ces dernières se répercuter sur de nombreux secteurs. Et comme bien trop souvent, le sport et les sportifs se retrouvent coincés au milieu d’un contexte plus fort que tout. Dernier exemple en date : la polémique entre Nike et la sélection iranienne. Par Guillaume Monteiro.

Le 8 mai dernier, le Président américain Donald Trump annonçait le retrait des Etats-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien, conclu en 2015 par son prédécesseur Barack Obama. En conséquence, l’administration américaine a rétabli l’embargo contre l’Iran pour les entreprises américaines, et menacé de sanctions financières les entreprises européennes qui continueraient à commercer avec Téhéran.

C’est donc dans ce contexte que Nike a annoncé, à quelques jours du début de la compétition, son refus de chausser la sélection iranienne pour la Coupe du monde. En effet si la « Team Melli » est équipée par Adidas en ce qui concerne sa tenue officielle, c’est le groupe américain qui était censé lui fournir l’essentiel de ses crampons. Une situation ubuesque qui a obligé certains joueurs iraniens à acheter eux-mêmes leurs chaussures avant la compétition. Bert Hoyt, Vice-président de Nike, avait ainsi déclaré que « si un joueur iranien décidait de se procurer des chaussures Nike par ses propres moyens, il pourrait potentiellement les porter ».

Une situation dénoncée par le coach de la sélection, Carlos Queiroz, et la fédération iranienne, qui a décidé de porter l’affaire devant la FIFA afin de régler ce litige. Une polémique qui a également fait réagir l’attaquant Alireza Jahanbakhsh à l’issue de la victoire de l’Iran face au Maroc, ce dernier considérant que « les problèmes politiques ne devaient pas interférer avec le football ». Le joueur de l’AZ Alkmaar a également averti l’entreprise américaine des possibles conséquences sur l’opinion publique, avec une « très mauvaise image renvoyée aux 80 millions d’Iraniens ».

Ce type d’incident lors d’un évènement sportif international n’est pas une première puisque lors des Jeux Olympiques d’hiver de Pyeongchang, le groupe Samsung avait offert des téléphones à tous les athlètes des délégations présentes sauf à ceux de l’Iran et de la Corée du Nord, du fait des tensions diplomatiques autour de ces deux pays. Un faux pas peu apprécié du côté de Téhéran, et qui avait poussé les Iraniens à lancer un hashtag « Non aux produits Samsung » !

Iran : une préparation pour le Mondial compliquée

Cet épisode avec le géant américain est le dernier en date d’une série de problèmes qui ont perturbé la préparation des Perses pour le Mondial russe. Tout d’abord, la sélection n’a pas pu disputer le nombre de matchs amicaux qu’elle avait prévu afin de se préparer de la meilleure des manières. En cause, une annulation de dernière minute de la fédération grecque qui a refusé d’affronter l’Iran sans avancer d’explication, bien que les tensions politiques liées aux derniers évènements n’y soient certainement pas anodines. Les dirigeants iraniens ont ainsi voulu sauver le coup en organisant un match de dernière minute avec le Kosovo qui a tout simplement choisi de… décliner l’invitation.

A cela s’ajoute des difficultés à trouver des hôtels ou des vols d’avion pour séjourner en Russie d’après des informations rapportées par ESPN. En effet, les transactions d’argent provenant de fonds iraniens auraient suscité la défiance et la réticence des entreprises présentes sur place. Une atmosphère pesante que reconnaissait volontiers Carlos Queiroz dans une interview parue dans le dernier numéro du mensuel So Foot, dans laquelle il avouait que « la fédération iranienne avait des problèmes, notamment d’ordre financier, qui sont la conséquence des sanctions internationales qui affectent le pays ». Le Portugais a d’ailleurs failli démissionner de son poste, qu’il occupe depuis 2011, à plusieurs reprises en raison de désaccords avec la fédération.

La Team Melli, un outil politique malgré elle

Mais le lien entre le contexte international et la Team Melli ne date pas des dernières décisions prises par Donald Trump. Prenons l’exemple de Masoud Shojaei et Ehsan Hajsafi, deux joueurs iraniens à priori sans histoire avant un banal troisième tour de qualifications de Ligue Europa en 2017. Tous deux joueurs du club grec du Panionios, ils doivent affronter le Maccabi Tel-Aviv, club phare du championnat israélien. Si Shojaei et Hajsafi refusent de disputer le match aller qui a lieu en terres israéliennes, ils sont bien présents pour le match retour en Grèce. Un acte inadmissible pour le Ministre Adjoint des Sports iranien, Mohammad Reza Davarzani, déclarant un « franchissement de la ligne rouge » et interdisant à ces deux joueurs de porter à nouveau le maillot de la sélection iranienne. Car accepter de jouer contre une équipe israélienne représentait aux yeux du gouvernement une reconnaissance de cet Etat. Une idée inimaginable à Téhéran. Et même si la sanction a depuis été annulée – les deux joueurs ayant été réintégrés dans le groupe juste avant le Mondial – cette affaire montre bien le désir du gouvernement d’avoir une équipe totalement à son image.

Autre époque mais même utilisation du football dans une finalité politique, la Coupe du monde 1998. Heureux (ou malheureux) hasard du tirage au sort, l’Iran se retrouve dans le même groupe que les Etats-Unis. Un match qui revêt une symbolique toute particulière pour les dirigeants politiques iraniens, qui voyaient là une occasion unique de porter un coup à la fierté du pays qu’elle surnommait à l’époque « le grand Satan ». Vingt-deux joueurs qui se sont retrouvés au milieu d’une bataille diplomatique, leur donnant l’impression d’être désignés diplomates par leur pays respectif. « Comme si c’était à nous de refaire l’histoire » avait alors déclaré le joueur américain David Régis. Si la FIFA a tenté de faire de ce match une ode à la fraternité, la victoire de l’Iran (2-1) n’empêchera pas l’ayatollah Ali Khameneï de récupérer cette victoire en clamant que « le puissant et arrogant adversaire a senti le goût amer de la défaite ».

Si cette Coupe du monde représente un moyen pour les Iraniens de vivre une parenthèse dorée dans un contexte social très compliqué, les tensions autour du pays ne sont jamais bien loin. Le peuple iranien espère néanmoins profiter de l’événement pour renvoyer une belle image du pays, en réponse aux critiques régulièrement proférés à l’encontre de leur pays par les médias américains.

Trois ans d'études en Management du Sport, et actuellement étudiant à l'IAE de Paris - Sorbonne Business School au sein du Master "Management de la Marque et Communication". Une appétence pour la création de contenus et le domaine de la communication autour du sport, et la volonté de promouvoir l'idée d'un sport vecteur d'épanouissement et de lien social pour toutes et tous.
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