Géopolitique

Coupe du Monde 2026 : quels espoirs pour le Maroc ?

candidature marocaine mondial 2026
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Croyant faire l’unité des pays africains et arabes derrière sa candidature, le Maroc a subi les volte-face de nombreuses fédérations avant le Congrès de la FIFA du 13 juin. Les raisons de ces tergiversations sont nombreuses. L’administration Trump a évidemment joué de son influence dans la dernière ligne droite pour assurer la victoire de la candidature nord-américaine et le rôle de la FIFA dans cette campagne reste confus. A l’heure du vote final, l’heure est à l’état des lieux. Par Jean-Baptiste Guégan, Spécialiste des questions géopolitiques et co-auteur de Football Investigation : les dessous du football en Russie.

Morocco 2026 : une candidature qui séduit !

Le Maroc a opté jusqu’à aujourd’hui pour un positionnement stratégique pertinent : proposer une candidature africaine, panarabe renvoyant à l’identité du football passionnel tel qu’il est pratiqué et vécu en Afrique du Nord, notamment au Maghreb. Cela explique en partie son rôle de trouble-fête face à United 2026, son concurrent nord-américain.

Pour sa cinquième candidature, le choix de cette stratégie s’est avéré payant pour Maroc 2026 dans un premier temps. Presque toute l’Afrique s’est alignée sur sa proposition ainsi qu’une part non négligeable de grandes fédérations européennes comme la France, les Pays Bas ou le Luxembourg.

L’influence et l’action de MKTG accompagné par Dentsu Aegis dans ce positionnement y sont pour beaucoup, tout comme le retour d’expériences des précédentes candidatures infructueuses.

Dans les dernières semaines, l’attractivité de la candidature marocaine a donc tenu à son positionnement original mais aussi à deux autres données : le nouveau rapport de force permis par un mode de scrutin faisant participer toutes les fédérations inscrites à la FIFA et les difficultés de la candidature nord-américaine, une candidature déstabilisée par l’action des Etats-Unis et de leur président, sans parler d’une certaine forme de suffisance.

Etat des lieux des forces en présence à l’heure du Congrès de la FIFA

Alors que les deux candidatures sont pourtant très dissemblables et que la plus rémunératrice est assurément nord-américaine, Morocco 2026 a su préserver ses chances et cela jusqu’à l’heure du vote du Congrès de la FIFA du 13 juin.

Confirmée par le rapport de la “task force” de la FIFA, le différentiel qualitatif des deux candidatures est pourtant nettement en faveur de la candidature nord-américaine centrée sur les Etats-Unis.

En effet, United 2026 avec près de 70% des matchs se déroulant aux États-Unis offre la candidature la plus solide et attractive. En considérant le dossier de candidature, tout semble être idyllique avec une capacité à générer revenus et audiences au-delà de ce que la FIFA et Gianni Infantino peuvent en attendre, tout en proposant des conditions d’exposition sans égal, le tout dans un marché en pleine croissance footballistique, celui de la MLS.

Pourtant, malgré une prise de position de la FIFA via sa task force, une commission dont l’indépendance est remise en question, l’incertitude domine encore.

A quelques heures du dénouement et si l’on fait confiance au New York Times, au soir du 13 juin, 21 fédérations s’étaient engagées pour le Maroc, 6 autres sont pressenties pour le suivre. 28 fédérations ont publiquement annoncé soutenir la proposition nord-américaine, 21 autres sont pressenties. Le rapport de force est simple : 27 soutiens potentiels pour le Maroc, 54 pour United 2026.

Il reste donc 128 fédérations à convaincre. Une folie et un véritable risque pour l’Amérique du nord si l’on songe à l’écart de puissance économique et géopolitique entre les deux candidats en lice.

Cette incertitude dit tout du nouveau rapport de forces en présence. La réaction virulente du Président américain, Donald Trump, pourtant tenu à l’écart de la campagne, le signale plus encore. Les jeux ne sont pas (encore) faits.

L’action de Donald Trump pour influencer les votes

Le tweet que le Président américain a lancé à la face du monde le 26 avril dernier a tout dit de la réalité de la compétition : United 2026 n’a pas course gagnée comme on pouvait le penser il y a encore quelques mois à la simple confrontation de leurs dossiers.

Ce tweet, publié au mépris de toutes les pratiques que la “nouvelle FIFA” appelle de ses vœux, était d’une rare clarté : “vous êtes avec nous ou contre nous, et ceux qui ne le sont pas, en paieront les conséquences.”

« Les États-Unis ont fourni une candidature SOLIDE avec le Canada et le Mexique. Ce serait dommage que des pays que nous soutenons toujours fassent du lobbying contre la candidature américaine. Pourquoi devrions-nous soutenir ces pays s’ils ne nous soutiennent pas (y compris aux Nations unies) ? » Donald Trump, Twitter

Bien que provocateur et excessif à l’excès, il a rappelé un rapport de forces géopolitique sous-jacent. Le sport et plus encore le football dépassent le cadre du simple jeu planétaire. Et les Etats-Unis veulent organiser la manifestation pour affirmer leur puissance mondiale. L’enjeu n’est pas sportif, c’est un enjeu de puissance.

L’exemple de la Coupe du monde 2018 en Russie nous le rappelle chaque jour davantage : le football est devenu un objet, un instrument, un indicateur et un facteur de puissance géopolitique.

Et dans ce cadre qui dépasse le ballon rond, il est impossible que les Etats-Unis, déjà battus en 2010 face au Qatar, perdent une seconde fois. Une situation impossible à imaginer pour les Américains dans la lutte qu’ils mènent à distance avec la Chine et les autres puissances émergentes.

Mais plus encore qu’une défaite américaine, ce sont les conséquences pour la FIFA qu’il faut considérer.

Encore traumatisée par l’influence américaine qui a décapité l’institution lausannoise après 2010, la perspective de revenus moindres est réelle. Autre donnée à considérer : son Président est en quête de réélection.

S’il n’a pas oublié le sort subi par Sepp Blatter, il sait aussi en fin politique que ce vote dira beaucoup de ses chances de réélection dans un contexte où les critiques se multiplient. Michel Platini et Sepp Blatter sont médiatiquement très offensifs à son encontre, sa proposition de Coupe du monde des clubs et de privatisation des compétitions suscitent un tollé en Europe et au cœur de l’UEFA, sans parler du climat délétère qui semble régner à la FIFA selon certains observateurs avisés.

Le Maroc peut-il encore croire en ses chances ?

La logique voudrait que non. Les perspectives d’exposition, de rentabilité et de revenus sont sans commune mesure en faveur de United 2026.  Quant au dossier marocain, il n’est pas sans poser problème. Sécurité, aménagement, infrastructures, droits des minorités, gestion des flux migratoires… : les questions sont nombreuses.

Pourtant, le Maroc a deux atouts, en plus de son propre dossier. Et il a raison d’y croire.

Morocco 2026 peut tout d’abord compter sur le repoussoir que constitue Donald Trump dans un contexte géopolitique où les Etats-Unis clivent plus qu’auparavant. Nombreuses sont les fédérations qui s’aligneront sur les Etats-Unis comme le Libéria, l’Arabie Saoudite ou l’Irak pour assurer leur allié stratégique de leur soutien, quitte à changer de position brutalement comme le fit l’Afrique du Sud. L’Allemagne reste fortement atlantiste. Quant au continent américain, il s’aligne comme un seul homme aux plus belles heures de la Doctrine Monroe et cela en faveur des Etats-Unis.

Pour autant, cela ne suffira pas. Le vote se décidera en Asie et dans une moindre mesure en Europe et en Océanie.

Or, dans ces territoires, les positions stratégiques sont plus incertaines et moins favorables à une candidature américaine.

Le vote ne se fera pas seulement sur la rationalité des dossiers présentés ou leurs qualités désignées. Malgré l’apolitisme sportif en vigueur, d’autres facteurs vont jouer. Le premier d’entre eux sera le rapport de force géopolitique qu’entretiennent les Etats-Unis avec les autres acteurs sur la scène internationale, et notamment les plus puissants des votants FIFA.

Toute à son envie de multilatéralisme, la Russie a choisi le Maroc et son influence est grande à l’Est et en Asie Centrale. Quant à la Chine, on lui prête l’envie de soutenir le royaume chérifien. Leurs motivations sont aussi limpides que les relations concurrentielles et parfois conflictuelles que les deux Etats anciennement communistes entretiennent à l’échelle globale, avec la puissance américaine.

Le second atout du Maroc tient à la désunion et au risque d’instabilité de la candidature nord-américaine elle-même. La perspective du mur entre Etats-Unis et Mexique, la guerre commerciale qu’il a lancée en plein cœur d’une ALENA (Accord de Libre Échange Nord Américain) bouleversée et les faiblesses internes de la candidature nord-américaine sont des limites que les votants vont considérer. Sauront-ils faire front ? Sauront-ils convaincre ? Telle est la question.

Malgré ses limites, le Maroc joue donc sa carte jusqu’au bout et montre ses atouts et ses forces. Il n’a pas le poids ni le rayonnement américain. Il n’a pas ses moyens, sa puissance et son expérience notamment diplomatique. Mais être arrivé jusque-là, c’est peut-être déjà sa plus belle victoire face à un tel adversaire. Le faire douter et l’obliger à réagir est une réussite en soi.

Quant à la candidature nord-américaine, une défaite leur semble inenvisageable et les remous risquent d’être grands le cas échéant.

Maintenant, l’heure est au vote. Le premier à atteindre 104 voix l’emportera. En tous cas, une chose est sûre : Le résultat dira beaucoup de l’avenir de la FIFA et du football mondial.

Par Jean-Baptiste Guégan

Jean-Baptiste Guégan est co-auteur, avec Quentin Migliarini et Ruben Slagter, du livre Football Investigation : les dessous du football en Russie

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