Economie

Le FC Porto résiste-t-il économiquement à la puissance de Chelsea FC ?

Pierre Rondeau, économiste chez Football & Stratégie, doctorant en économie et professeur à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, arbitre le match économique entre Porto et Chelsea. Sportivement, la rencontre ce soir a lieu à Porto.

Le stade et la billetterie

Depuis 2003, le FC Porto occupe l’Estádio do Dragão (le stade du Dragon). D’une capacité de 50 431 places, l’enceinte a été construite pour l’Euro 2004 au Portugal et a coûté un peu moins de 100 millions d’euros. Respectant les critères de l’UEFA, il a été noté coefficient 4 par l’instance Européenne, devenant ainsi le stade le plus moderne du Portugal et s’affichant dans le top 10 continental.

Le club est le plus populaire du pays, le stade enregistre des taux d’affluence supérieurs à 75% en moyenne. Seulement, les places, comprises entre 10 et 40€, correspondent au tarif normal en vigueur au Portugal, l’un des revenus moyens par habitant les plus faibles d’Europe de l’Ouest. Cela ne lui garantit que 20 millions d’euros de recettes annuelles.

stamford bridge agrandissement

La direction de Chelsea FC envisage d’agrandir Stamford Bridge dans un futur proche

Concernant Chelsea, son vieux stade Stamford Bridge a une capacité de 41 841. Il date de 1876 et, à l’époque, était essentiellement tourné autour de l’athlétisme. Malgré de nombreuses rénovations et projets de reconstruction, l’enceinte des Blues reste vétuste et sommaire. Pourtant, les supporters de Chelsea sont parmi les plus fidèles du monde et assurent au club un taux d’affluence proche de 100%. Les abonnements sont compris entre 751€ et 1578€.

L’équipe d’Abramovich récolte près de 84 millions d’euros par an de recettes de billetterie. Son équipe remporte facilement le point.

FC Porto 0 – Chelsea 1

Les revenus commerciaux

Le budget du FC Porto est estimé à un peu plus de 100 millions d’euros, le plus élevé du Portugal. Lors des saisons précédentes, 2013-2014 et 2014-2015, les coéquipiers d’Imbula ont dégagé, en moyenne, 20 millions de revenus commerciaux annuels.

Mais la majeure partie de son économie est tournée vers la revalorisation d’actifs sportifs : Porto est connu pour révéler à l’Europe entière d’excellents joueurs, souvent trouvés en Amérique du Sud, qui, après une ou deux saisons au Portugal, sont revendus à prix d’or. Hulk, Falcao ou James Rodriguez ont tous fait partie de cette stratégie.

En 2012-2013, cela lui avait permis de dégager 74 millions d’euros de bénéfices sur la cession des droits sportifs. Mais cette manne a diminué depuis, passant à 22 millions l’année d’après. Cette saison, ce sont les ventes de l’année précédente qui seront intégrées au bilan comptable.

Quant à Chelsea, son budget est estimé à 387,9 millions d’euros, le 7ème d’Europe, d’après le classement Deloitte. Sur ses recettes de sponsoring, l’équipe Londonienne récolte quasiment 200 millions d’euros par an. Sa récente signature avec le manufacturier de pneumatiques japonais Yokohama Rubber afin de remplacer le Coréen Samsung sur le maillot lui a permis de devenir le deuxième club le plus cher du monde, juste derrière Manchester United avec Chevrolet et 64 millions d’euros par an. Ce nouveau partenariat est estimé à 275 millions d’euros sur 5 ans, soit 55 millions par saison.

Les hommes de José Mourinho, avec un budget plus de trois fois supérieur et des recettes commerciales très élevées, empochent le point.

FC Porto 0 – Chelsea 2

Réputation sur les réseaux sociaux

Le FC Porto, malgré ses 27 titres nationaux, ses 2 ligues des Champions et ses 2 League Europa (Coupe de l’UEFA en 2003), a la malchance d’être le plus grand club d’un pays relativement plus pauvre que ses voisins européens. Sa base-fan est faible en comparaison avec son concurrent du soir.

Les Tripeiros n’enregistrent que 528 000 followers sur Twitter et 3,2 millions de fans sur Facebook. Contre respectivement 6,7 millions et 43,5 millions pour les coéquipiers d’Eden Hazard.

Chelsea prend ce point très facilement.

FC Porto 0 – Chelsea 3

Les droits TV

Au Portugal, les droits TV sont entièrement libéralisés et privatisés. En d’autres termes, ce sont les clubs qui vont directement négocier avec les chaînes de télévision le montant des droits de diffusion. Ce n’est pas la ligue, comme en France ou en Angleterre, qui se charge de la vente des lots et qui redistribue à part égale ou équitable le montant récolté.

Résultat, le FC Porto récolte, à lui seul, plus de 50% du total des droits de retransmission, soit 25 millions d’euros en moyenne tous les ans. Cela lui assure une domination sans partage sur ses adversaires nationaux et une place quasi assurée en Ligue des Champions tous les ans.

Concernant Chelsea et la Premier League, la logique est toute autre. Ici place à la mutualisation et à la redistribution égalitaire. La différence de dotation entre le premier et le dernier n’est que de 1.4.

L’année dernière, les Blues ont encaissé un chèque de 135 millions d’euros, soit 5 fois plus que Porto.

Néanmoins, la comparaison est fallacieuse : la Premier League a l’avantage d’être présente dans un des pays les plus riches d’Europe et vaut, à elle seule, plus de 1,2 milliard d’euros par an. En fixant des montants relatifs, Porto détient 50% du total de la valeur du championnat Lusitanien alors que Chelsea « seulement » 11%.

Les Dragões remportent le point.

FC Porto 1 – Chelsea 3

Fin du match

C’est David contre Goliath. Un géant économique, détenu par un milliardaire russe contre une puissance sportive économiquement faible. Il était évident que Chelsea devait gagner ce match business. Seulement, Porto a un avantage non-négligeable, son expérience sur le terrain et sa capacité à révéler des joueurs talentueux capables de retourner n’importe quelle situation. On peut alors espérer assister à une surprise mardi soir …

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