Stratégie

L’eSport : nouvel eldorado des clubs de football ?

eSport football eldorado
Shutterstock.com

De nombreux clubs européens ont décidé d’investir dans l’univers de l’eSport au cours des derniers mois. Si les perspectives de croissance du secteur sont séduisantes, la complexité de cette nouvelle industrie et le niveau d’investissement nécessaire pour atteindre ses objectifs peuvent compliquer la donne.

1,4 Md$. C’est le mondant que devrait représenter l’activité eSport en 2020 selon des prévisions prudentes réalisées par l’institut d’étude spécialisé Newzoo. Un montant déjà élevé pour cette jeune industrie qui est née en Corée du Sud à la fin des années 90 et qui a réellement pris son envol au cours des dernières années.

Mais son potentiel de développement est encore énorme à en croire les spécialistes. Aujourd’hui, l’industrie des jeux vidéo rassemblerait plus de 2,2 milliards de gamers à travers le monde. La plateforme Twitch, spécialisée dans la diffusion de compétitions eSport en live, enregistre désormais une audience de… 15 millions de visites par jour ! Soit une audience supérieure à de grands acteurs du monde médiatique comme CNN !

Autrefois chasse gardée des chaebols, de plus en plus de grands acteurs du numérique et de secteurs plus traditionnels investissent dans l’eSport, appâtés par les perspectives de croissance. Amazon a investi 970 M$ en 2014 pour racheter Twitch. Dernièrement, le géant chinois Tencent a décidé de miser 1,1 Md$ dans les plateformes Huya et Douyu TV. Sur le seul premier trimestre de l’année 2018, le secteur de l’eSport a capté plus de 2 Mds$ d’investissements !

Le football s’intéresse de plus en plus à l’eSport

Activité en forte croissance et en capacité de séduire, d’engager et de retenir l’attention des Millennials, les clubs de football se sont dernièrement laissé tenter par une incursion dans le monde de l’eSport. Tandis que de nombreux clubs européens ont lancé leur propre structure, certaines ligues européennes ont décidé d’organiser leur propre compétition, généralement en collaboration avec EA Sports, éditeur de FIFA.

En s’engageant dans ce nouvel univers, les clubs de football comptent remplir plusieurs objectifs simultanément. Outre une possible stratégie de diversification des activités, les structures footballistiques misent sur l’eSport pour rajeunir leurs bases de fans tout en s’attaquant à de nouveaux marchés, notamment l’Asie, où les compétitions d’eSport sont très populaires. Une stratégie qui doit, in-fine, permettre aux clubs de générer de nouvelles recettes commerciales.

Si le football compte sur l’eSport pour conquérir de nouveaux publics, la réciproque est également vraie. Alors que les compétitions des titres les plus populaires ont été structurées au niveau mondial, les éditeurs misent sur des partenariats avec des clubs de football pour donner une touche locale à la discipline.

« A l’avenir, l’eSport cherchera à établir des écosystèmes nationaux, qui s’interfaceront dans cette pyramide continentale-mondiale. Les clubs de football, de par leur ancrage local fort, à même de fédérer toute une région derrière eux, représentent là une option intéressante pour les éditeurs de jeux vidéo » expliquait récemment Guillaume Rambourg, General Manager France de Riot Games, éditeur de League of Legends.

Des synergies difficiles à construire entre l’eSport et le football ?

Si, en apparence, un lancement dans l’univers de l’eSport semble naturel pour un club de football ; une telle initiative peut s’avérer bien plus complexe que prévu. Pour les non-initiés, le monde de l’eSport peut apparaître comme une nébuleuse avec des codes difficiles à décrypter.

En plus de la multiplication des titres et des compétitions, les activités de l’eSport ne sont pas encore encadrées par une législation clairement définie. En France, le premier texte visant réellement à encadrer la discipline n’a été adopté qu’au mois de mai 2016. Des législations qui peuvent grandement varier d’un pays à l’autre, rendant difficile la maîtrise des différents paramètres d’une activité pourtant mondiale.

Enfin, les titres les plus populaires du monde de l’eSport – et demandant également d’importants investissements – sont également assez éloignés de l’univers du football. Si un lancement sur des jeux tels que League of Legends, Counter Strike ou Dota 2 permettent de conquérir de nouveaux publics, les synergies avec les activités premières d’un club de football ne sont pas aisées à établir. Et l’enrichissement de l’expérience matchday, via une activité eSport, devient alors compliquer à mettre en place.

« Pour un titre comme Dota 2, c’est plus compliqué de bâtir des synergies. Les spectateurs viennent au stade avant tout pour assister à une rencontre de football. Et l’univers de Dota 2 est éloigné du football. Je ne sais pas vraiment comment l’organisation d’une compétition sur Dota 2 en live serait perçue en amont du match » indique ainsi Fabien Allègre, Directeur du Développement de la marque Paris Saint-Germain.

Afin d’éviter une course aux investissements sans fin, certains clubs ont décidé de bâtir une stratégie alternative, en misant sur des titres peu développés dans l’univers de l’eSport mais ayant du sens pour un club de football. C’est notamment le cas du FC Nantes, qui a décidé dernièrement de se lancer sur Football Manager en engageant le Youtubeur Arthur Vignal.

« On souhaite densifier la stratégie de contenus publiés par le club sur notre site et nos réseaux sociaux. Chaque mercredi, on peut par exemple retrouver la carrière d’Arthur Vignal en vidéo. Il a ainsi l’honneur de coacher virtuellement le FC Nantes et de raconter l’aventure des e-Canaris. Cela représente des milliers de viewers chaque semaine. Tuto, bilan écrit, guide tactique… viendront compléter le dispositif pour proposer un contenu toujours plus original et engageant » explique alors Baptiste Huriez, Directeur Marketing du FC Nantes.

Si l’eSport peut représenter en apparence une belle opportunité pour les clubs de football, ces derniers doivent au préalable bâtir une solide stratégie avec des objectifs précis pour réussir leur diversification d’activité. Une stratégie difficile à mettre en place étant donné l’univers mouvant de l’eSport.

Articles populaires

To Top

En continuant à utiliser le site, vous acceptez l’utilisation des cookies. Plus d’informations

Les paramètres des cookies sur ce site sont définis sur « accepter les cookies » pour vous offrir la meilleure expérience de navigation possible. Si vous continuez à utiliser ce site sans changer vos paramètres de cookies ou si vous cliquez sur "Accepter" ci-dessous, vous consentez à cela.

Fermer