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« La présence de quatre ou cinq grands clubs à New York, ce n’est pas quelque chose d’incohérent »

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Ecofoot.fr a eu la chance cette semaine de s’entretenir avec Brice Desjardins, fondateur du projet New York Stars Athletic Club aux Etats-Unis. Via cette société sportive, Brice cherche à importer le modèle européen de formation de jeunes footballeurs tout en s’adaptant aux spécificités et contraintes américaines…

Bonjour Brice. Pouvez-vous vous présenter aux lecteurs d’Ecofoot.fr ?

Je suis un gardien de but de niveau ligue nationale. J’ai eu la chance de jouer en France, en Italie et aux Etats-Unis. En France, j’ai notamment évolué au Red Star qui est mon club de cœur car mon père faisait partie de l’équipe dirigeante omnisport lorsque j’étais jeune. À l’époque où j’ai eu la chance de jouer en équipe senior, le club n’était pas en L2. J’avais un travail à coté dans le secteur immobilier. La première partie de ma vie professionnelle a combiné football à un niveau semi-professionnel et entrepreneuriat dans l’immobilier. Aujourd’hui, à 34 ans, je vais finir ma petite carrière sportive aux Etats-Unis où je travaille sur le projet New York Stars Athletic Club depuis 5 ans.

Comment est né le projet New York Stars Athletic Club ?

À la fin de l’année 2010, j’ai eu la possibilité par divers contacts d’effectuer des tests et ensuite de jouer au football à New York. J’étais entraineur des gardiens de but des jeunes de mon club. Lorsque j’ai débarqué aux Etats-Unis, j’ai découvert un football plein d’envie mais très mal organisé. Je m’intéressais à ce qui se faisait dans les centres d’entrainements et les clubs amateurs où les séances n’étaient pas forcément adaptées à l’âge ni au niveau des pratiquants. J’ai trouvé ça dommage ! J’ai donc pensé à créer une petite association sportive pour recevoir quelques enfants souhaitant s’exercer au football. Puis la demande, le besoin new-yorkais, les perspectives et la volonté des partenaires m’ont carrément amené à fonder un véritable club sportif.

Pourquoi s’être installé à New York ?

Car New York joue au football ! La seule problématique, c’est qu’il y a trop peu de lieux pour recevoir les pratiquants de soccer. Ce sport n’étant pas prioritaire, les plages horaires et les conditions d’accueil dans les enceintes multisports ne sont pas toujours adaptées. Il y a beaucoup d’enfants qui jouent de manière « sauvage », y compris dans Central Park. Et on ne peut pas arriver en disant que l’on veut faire un club avec pour ambition la formation de joueurs professionnels sans être résident permanent d’un complexe sportif adapté en location ou en concession à l’année. Or à New York, les locations sont précaires et les stades sont adaptés à d’autres sports. Donc il a fallu prendre le taureau par les cornes et se dire qu’il fallait créer une enceinte sportive dédiée uniquement au soccer.

Quel est le but du projet New York Stars Athletic Club ?

Il y a deux projets en un. Le premier est de devenir un véritable club de football et entrer en concurrence avec ceux qui existent déjà à New York. La présence de quatre ou cinq grands clubs à New York, ce n’est pas quelque chose d’incohérent. L’idée est d’emprunter le chemin inverse pris par les clubs américains. À savoir, obtenir de bonnes performances chez les jeunes puis bâtir une équipe adulte et enfin obtenir une expansion sportive basée sur le mérite et non sur l’obtention d’une licence via des dollars. Nous savons, via notre culture européenne, que les seuls clubs qui obtiennent des résultats dans la durée sont ceux qui misent sur la formation des jeunes. Notre véritable cheval de bataille est de rester dans l’histoire, d’être un club durable. Ca n’est pas qu’une opération financière sur la vague du football. J’espère que NYSAC sera centenaire ! Le second est le centre d’entrainement en propriété immobilière qui fonctionnera de façon autonome, consolidera le club et sera l’aboutissement de la politique sportive que nous mettons en place.

Quel est le business model de votre projet ?

D’abord il y a une chose qui est très différente aux Etats-Unis par rapport à l’Europe : la pratique d’un sport coûte beaucoup plus cher (150-200 € en France contre 1700-3000 $ aux Etats-Unis par an). C’est culturel, encore plus pour le haut niveau. Les conditions financières sont différentes. Nous ne sommes pas une association, nous n’avons pas de subventions. Nous sommes une société sportive privée à part entière. Nous proposons une formation professionnelle payante et de nombreuses autres activités. On peut se permettre de faire du business et d’essayer de devenir le plus autonome possible. Les licences ne sont qu’une partie de nos revenus. Notre futur complexe « connecté » nous permettra d’offrir aux passionnés New Yorkais une multitude d’activités pour vivre leur passion. Nous envisageons de créer un véritable centre commercial dédié au football pour des milliers d’utilisateurs et visiteurs.

Que pouvez-vous apporter au soccer américain ?

« On prouvera par nos résultats que notre modèle est celui à suivre »

Un centre de formation à l’européenne, combiné à des structures sportives et livré en fin d’année 2016 – début d’année 2017. Il y aura un complexe sportif de catégorie centre d’entrainement / de formation avec une surface de jeu synthétique accréditée FIFA, des surfaces de jeu annexes indoor, le tout sur une parcelle constructible d’environ 20 000 m² et accessible très facilement du centre ville. Le site est voué à devenir la place forte du soccer à New York. Nous souhaitons nous appuyer sur la formation, avec un directeur technique qui possède une solide expérience en Ile de France, qui est une des régions les plus compétitives au monde. Nous souhaitons apporter la culture et l’histoire qui manquent encore au soccer américain.

Je pense qu’on prouvera par nos résultats que notre modèle est celui à suivre. Nous espérons pouvoir transmettre aux autres entraineurs une vision plus complète du football. Le futur du soccer à New York passe par la création de clubs avec des centres d’entrainements. Les investissements réalisés dans les clubs professionnels, c’est très bien, mais ils ont aussi besoin de nous pour les challenger dans les catégories « jeunes ». C’est ce qui fera progresser le niveau général du soccer aux Etats-Unis.

Concrètement, où en êtes vous dans le projet NYSAC ?

Nous constituons des équipes de jeunes, sans être inscrits ni en ligue, ni en championnat pour le moment. C’est un choix stratégique. Nous le ferons parallèlement à la construction du stade dans le courant de l’année prochaine. Nous avons encore énormément de travail avant de pouvoir lancer pleinement l’activité. Trois sites sont à l’étude pour recevoir notre complexe dont un particulièrement prometteur. Je n’aime pas trop m’avancer concernant les délais exacts. Le plus important aujourd’hui c’est l’enthousiasme général autour de notre projet. Nous avons des partenaires fantastiques. Je pense notamment à Louis Saha et Patrice Arnera de AxisStars, à nos architectes de Brooklyn, nos agents immobiliers, nos avocats, nos investisseurs… Nous sommes tous conscients de vivre une expérience exceptionnelle. Combien de fois dans votre vie pouvez-vous devenir fondateur d’un club de football ?

Comment faites-vous pour intéresser les investisseurs ?

Actuellement, le New York Stars A.C. ne vaut rien en tant que club de football. Nous n’avons pas d’image, pas de communication car nous ne sommes pas prêts pour le moment. Le stade autonome sert de base, avec le concept de foot à 5, à 7, des simulateurs sportifs, une salle de sport, un bar-restaurant, un magasin de soccer et le musée. Il s’agit d’une opération immobilière pure pour les investisseurs, un placement sur la rentabilité locative d’un centre sportif. Il existe plusieurs formes d’investissements possibles. Pour les investisseurs privés qui veulent participer, nous vendons une partie (10%) de notre futur complexe au m². Le ticket d’entrée est fixé à 3000 $ le m². Cet investissement, en plus de nombreux avantages, offrira une rentabilité locative comprise entre 5% à 7,5% par an. Des taux qui ne tiennent pas compte des partenaires, sponsors, accords de naming… qui vont eux aussi contribuer aux revenus de notre complexe.

Nous parlons de New York et de quartiers qui sont actuellement en développement. Nous savons ce que l’implantation d’un stade provoque dans son environnement. Nous créerons une centaine d’emplois direct et indirect. Les perspectives de retour sur investissement sont excellentes. Tous les investisseurs étrangers (France, Luxembourg, Italie, Canada…) seront régulièrement invités à venir voir les évènements au stade et ils participeront à l’histoire de ce nouveau club. Les investisseurs de la région de New York obtiendront des avantages dans l’utilisation de notre complexe comme des réductions sur le football à 5, la salle de fitness… Nous avons une gamme « à la carte » pour nos futurs investisseurs. Le monde du sport business offre tellement de possibilités. C’est passionnant !

Une fois le stade livré, est-ce que vous calquerez votre business model sur les clubs de MLS ?

L’expansion du club arrivera dans un deuxième temps. Pour la MLS, il nous faudra un second stade bien plus grand. Nous souhaitons bien sûr accueillir des évènements divers et variés afin de faire vivre l’enceinte le plus possible. Nous serons peut-être en NASL. Bien que la MLS possède de bons côtés, je milite pour des ligues ouvertes, à l’image du commissionnaire de la NASL qui prône également l’ouverture.  De ce fait je ne suis pas sur d’être bien reçu par les décideurs de la MLS si je possédais les moyens financiers d’y participer.

La NASL est peut-être plus adaptée à nos idées. Je ne dis pas non au système de franchise. Mais je pense qu’il y a peut-être une version différente à adapter, avec 2 ligues ouvertes, une mineure et une majeure, pour avoir la possibilité d’être promu ou relégué. L’impact compétitif est important dans la progression générale du soccer.

Cependant, avant de prétendre à une expansion professionnelle, nous nous devons d’être incontournables dans la formation pour ensuite créer une équipe senior avec les joueurs que nous avons formés. Faire entendre notre voix passera par les résultats. Nous n’en sommes pas encore là.

Cherchez-vous à reproduire un modèle de club en particulier ?

« Pour moi, il n’y a qu’un seul club historique à New York »

Je ne suis pas un modèle en particulier car les Etats-Unis proposent un style de fonctionnement différent. Il est important de s’adapter à cette base. Mais on s’inspire de l’Ajax Amsterdam par exemple. L’OL aussi pour son centre. Ce qu’a réalisé le président Aulas est tout bonnement extraordinaire. La Masia du FC Barcelone, grâce à leur déontologie sportive est aussi un exemple à suivre pour inculquer une vraie culture footballistique à New York. On prend le meilleur et on mélange le tout pour créer notre club. On veut marquer l’histoire aux Etats-Unis avec une identité affirmée et un jeu basé sur la possession. Cela nous permettra de remplir nos objectifs sportifs tout en servant d’élément de différenciation par rapport aux autres clubs de la ville.

modèle new york stars athletic club

Le New York Stars Atheltic Club souhaite devenir un club reprenant les points forts du modèle européen tout en s’adaptant aux spécificités américaines

Pour moi, il n’y a qu’un seul club historique à New York : Les Cosmos. Les fans New Yorkais ne sont pas dupes, même s’ils sont heureux de la présence des deux autres grands clubs millionnaires et de leurs stars. Ils savent que ces clubs ont été construits par le business et souffrent d’un manque d’identité. Nous proposons autre chose, un club né des terres de New York, évoluant au cœur de notre ville et proche de nos passionnés. Nous avons déjà près de 3 000 fans référencés sans avoir évolué en championnat. On nous demande des produits dérivés, les maillots du club, la date de nos premiers matchs en compétition… Nos valeurs, le musée, notre fondation pour « le football pour tous » sont très appréciés des parents. Nous vivons une belle aventure humaine, sportive et professionnelle. Nous essayons de rendre au football ce que ce sport nous as donné.

Si vous souhaitez prolonger la discussion, n’hésitez pas à suivre le compte Twitter des New York Stars AC

Interview réalisée par Pierre Nicouleaud

 

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Sources photos : © New York Stars Athletic Club (Facebook)

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