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Interview

« Le monde du sport a 15 ans de retard en matière de numérisation de ses pratiques »

Photo Eurokinissi / Icon Sport

Au cours des dernières années, le mouvement sportif français a accumulé un certain retard en matière de transformation numérique. Alors que de nombreux acteurs ont dernièrement enclenché leur transition pour stimuler leur croissance d’activité ; ils ne prennent pas forcément le sujet par le bon bout pour atteindre leurs objectifs. C’est du moins le constat réalisé par Patrick Roult, Chef du pôle haut niveau à l’INSEP et Co-Créateur du Tremplin, incubateur de référence pour les startups de la sportech française. Entretien.

Plusieurs fédérations sportives françaises ont dernièrement lancé un plan de digitalisation à destination de leurs clubs affiliés pour les aider à reconquérir les licenciés perdus durant la crise sanitaire. Cette reprise des activités passera-t-elle forcément par une montée en puissance sur les sujets digitaux ? Quels sont les ingrédients à réunir pour réussir sa transformation numérique dans le sport ?

Notre société s’est massivement numérisée au cours des dernières années. L’un des grands marqueurs de cette révolution numérique est la sortie de la première version de l’iPhone, en juin 2007. Notre rapport au monde est différent depuis la sortie de ce premier smartphone. Une partie sans cesse croissante de nos activités est désormais dématérialisée depuis le milieu des années 2000.

Néanmoins, cette histoire de digitalisation du sport français m’étonne quelque peu. Aujourd’hui, le secteur essaie de se mettre à un niveau qu’il aurait déjà dû atteindre il y a 15 ans ! Pendant longtemps, le monde du sport a observé la révolution numérique avec distance sans porter beaucoup d’intérêt au sujet. Et, désormais, il cherche à rattraper son retard sans bien s’y prendre. Au lieu de s’inscrire dans une démarche prospective pour envisager les futures évolutions, les principaux acteurs du sport cherchent à… digitaliser leurs pratiques du passé ! Les fédérations et associations sportives se concentrent alors sur des sujets tels que la numérisation de la prise de licence, de la mise à disposition de bibliothèques d’exercices… On préfère finalement numériser de vieilles pratiques plutôt que de s’interroger sur le rôle d’une fédération et une adaptation des offres pour se conformer aux exigences d’un monde qui a profondément évolué. Par conséquent, malgré ses efforts, le monde du sport continue à accumuler du retard. Dans le sport, on n’exploite pas au mieux le potentiel offert par la virtualisation des échanges. Même si certains acteurs cherchent à changer la donne.

De plus en plus de Français pratiquent une activité sportive en-dehors du monde fédéral. Une tendance qui était déjà perceptible avant l’éclatement de la crise sanitaire. Quels enseignements les fédérations doivent-elles tirer de ce mouvement ? La transformation numérique peut-elle apporter des solutions pour contrer ce phénomène ?

Que fait aujourd’hui une personne sur son smartphone ? Elle peut regarder un film ou une série, commander un billet de train, répondre à un email, acheter des produits, donner rendez-vous à un ami… Les possibilités sont quasi-infinies ! La dématérialisation permet de réaliser une multitude de tâches sans déplacement. Avant, il fallait se rendre dans une gare SNCF pour prendre un billet de train ou dans un magasin pour acheter des vêtements. La numérisation a supprimé un grand nombre de contraintes et de frictions. Il est désormais possible d’accomplir un grand nombre de tâches de manière facile et immédiate.

Entre-temps, qu’ont fait les acteurs du mouvement sportif pour rendre la pratique beaucoup plus facile et immédiate ? Cette question est centrale et pourtant il est difficile d’y répondre ! Car de nombreuses fédérations ne réfléchissent pas de cette manière. Elles cherchent trivialement à digitaliser leurs process pour toucher de nouveaux publics et essayer d’augmenter leur nombre de licenciés via de nouveaux canaux. Mais elles ne s’interrogent pas assez sur les offres qu’elles proposent ! C’est réellement le nœud du problème. Mieux vaut penser son projet dans un monde dématérialisé plutôt que de numériser son passé. Il faut revoir le sens des priorités !

L’exemple de Joan Macdonald est parlant. Cette dame américaine de plus de 70 ans diffuse des cours de fitness sur son compte Instagram. Et elle dispose aujourd’hui d’une communauté de plus de… 1,4 million d’abonnés. C’est colossal ! Et selon un article dernièrement paru dans la presse américaine, elle est parvenue à engager plus de 400 000 personnes qui ne pratiquaient aucune activité sportive par le passé. Une prouesse réussie sans percevoir aucun euro de subvention ! Cela laisse songeur quand on analyse les sommes importantes investies par la puissance publique en France pour chercher à accroître le nombre de pratiquants… Joan Macdonald a tout compris aux codes d’Instagram. Elle propose des exercices simples, facilement réalisables en n’importe quel lieu et moment de la journée. Sur un ton jovial permettant de nouer une relation de proximité avec sa communauté.

« Mieux vaut penser son projet dans un monde dématérialisé plutôt que de numériser son passé »

Avant même d’évoquer les offres, certaines fonctionnalités basiques n’ont toujours pas été mises en place par la plupart des fédérations et des associations sportives. Par exemple, un pratiquant peut difficilement acquérir sa licence en quelques clics via son smartphone. Quels sont les acteurs les mieux placés pour engager cette transformation numérique du mouvement sportif français ?

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