Politique / Droit

Coupe des confédérations, combien de divisions ?

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Inaugurée par le Président Vladimir Poutine soutenu par le Président de la FIFA, l’affable Gianni Infantino, la Coupe des confédérations n’est pas qu’une simple répétition grandeur nature avant la Coupe du monde 2018.

Se déroulant dans quatre stades de quatre villes emblématiques de la nouvelle Russie (Saint Pétersbourg, Moscou, Kazan et Sotchi), le tournoi rassemble pour 16 matchs, les 6 champions des confédérations régionales de la FIFA : le Chili, vainqueur de la Copa América, le Portugal, champion d’Europe 2016, la Nouvelle Zélande, le Mexique pour la CONCACAF, le Cameroun, vainqueur de la Coupe d’Afrique des Nations 2016, l’Australie, vainqueur de la Coupe d’Asie AFC, la Russie, pays organisateur et l’Allemagne, championne du monde en titre. Se déroulant du 17 juin  au 2 juillet 2017, cette compétition conduit des objectifs autres que sportifs.

La Coupe des Confédérations, une affaire géopolitique

En termes de politique extérieure et de rayonnement international, la dixième édition de la Coupe des confédérations vise à montrer au monde, à un an de la prochaine Coupe du monde, un visage attractif et rassurant de la Russie. Le football va servir à montrer la modernité du pays et sa capacité à accueillir de manière sécure et bienveillante, les équipes nationales invitées, mais aussi leurs supporteurs, dispensés de visas pour l’occasion.

Absente du dernier G7 de Taormine en mai 2017, la Russie a besoin de réapparaître sur la scène internationale, de manière plus positive. Son soutien au régime de Bachar El Assad dans la crise syrienne et la lutte contre le terrorisme est un premier problème. Impliquée dans une guerre de l’information agressive au travers de RT ou Sputnik, la Russie a démontré son rôle dans l’élection présidentielle américaine, son influence dans le référendum britannique menant au Brexit ou son immixtion dans la campagne présidentielle française. Son image internationale en a été ternie et d’autant plus entachée quand on sait son action et son ingérence dans la guerre en Ukraine, ayant conduit à la partition de la Crimée et à l’indépendance pro-russe du Donbass. La Coupe des Confédérations lui offre une occasion parfaite de se faire valoir bien autrement.

JO de Sotchi, Coupe des confédérations, Coupe du monde en Russie : même combat

Pour faire oublier un contexte international troublé qui voit la Russie isolée et frappée de sanctions internationales, rien de telle qu’une compétition de football à forte visibilité. La Coupe des confédérations poursuit ainsi les mêmes objectifs que les Jeux olympiques d’hiver de Sotchi 2014 : donner une image positive et accueillante de la Russie. Instrumentalisation du sport quand tu nous tiens…

Cela explique d’ailleurs pourquoi des arrestations préventives d’opposants politiques comme Vyatcheslav Maltsev et Alexey Politikov ont eu lieu avant que le tournoi ne démarre, sans compter que les services de renseignements russes doivent surveiller activement les FEMEN russes et les membres d’ONG, tous désireux de montrer leur désapprobation vis-à-vis de la politique de Vladimir Poutine, à la face du monde. On comprend dès lors pourquoi le scandale de travailleurs nord-coréens, réduits en esclavage sur les chantiers des stades de la Coupe du monde 2018, a ému Amnesty International et fortement irrité par sa médiatisation, le pouvoir russe à l’heure où il lançait son plan de communication autour du football.

Instrumentaliser le football à des fins politiques : “du pain et des jeux” à la sauce russe.

En dehors de ses seuls objectifs géopolitiques, la Coupe des confédérations en poursuit d’autres, plus en rapport avec la politique intérieure russe. La Russie connaît un contexte économique défavorable avec une récession qui frappe durement la population russe.

Cependant, malgré une situation économique complexe, les coûts de la Coupe du monde explosent, non sans rapport avec une corruption endémique. Risquant d’en faire l’une des éditions les plus chères de l’histoire avec un coût dépassant les 5,3 milliards d’euros, les délais de livraison s’allongent et les dépassements de coûts deviennent prodigieux. Le Zenit Arena, le stade de Saint Pétersbourg, aussi appelé Krestovsky stadium, aurait coûté 1,5 milliard d’euros aux contribuables russes, ce qui en fait le stade le plus cher au monde !

En dehors de ce climat économique dégradé lié aux sanctions internationales, le pays est frappé par une insécurité qui inquiète. Frappé par le terrorisme en avril dernier, les mesures de sécurité sont drastiques. Vladimir Poutine doit donc rassurer les Russes alors que l’élection présidentielle se profile en mars 2018, trois mois avant sa Coupe du monde.

Avec une équipe qu’il espère victorieuse mais dont il est douteux d’attendre sportivement de grandes performances, Vladimir Poutine et ses partisans poursuivent le but classique des régimes autoritaires face au sport : raviver la flamme nationaliste, faire l’unité nationale autour de l’équipe russe et profiter de ses victoires hypothétiques pour en tirer un crédit politique.

A cela, s’ajoute un autre objectif de sécurisation intérieure. Les observateurs craignent la mobilisation des hooligans russes à l’abord des stades de la compétition, eux dont on a vu la capacité de violence et de nuisance lors de l’Euro 2016. Au regard des impératifs sécuritaires affichés et de l’image russe à parfaire, il semble inconcevable que les supporteurs russes les plus ultras se manifestent, sous peine de voir leurs mouvements disparaître… Ne reste plus qu’à remplir les stades et là n’est le moindre des problèmes pour le géant russe. Puisque souvent, dans les régimes autoritaires en difficulté économique, le spectateur de football manifeste et vote avec ses pieds. Au risque de tribunes à moitié vides, plus préjudiciables encore dans un sport aussi médiatique que le football, pour l’image de la Russie.

Cet article est un extrait du livre, Géopolitique du Sport, une autre explication du monde écrit par Jean-Baptiste Guégan et dont la parution est prévue pour juillet 2017 aux éditions Bréal/Studyrama. Si vous souhaitez prolonger la discussion avec l’auteur, n’hésitez pas à suivre son compte Twitter 

Source photo à la Une : Wikipedia.org – CC BY-SA 4.0

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