Interview

Quel avenir pour les stades en PPP ?

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Le modèle du Partenariat Public-Privé (PPP) tel qu’il a été imaginé pour la construction / modernisation de la plupart des stades estampillés « EURO 2016 » constitue un échec pour l’ensemble des parties prenantes. A Bordeaux ou encore à Nice, les concessionnaires du Matmut Atlantique et de l’Allianz Riviera rencontrent de grosses difficultés financières tandis que la collectivité propriétaire de l’enceinte et le club résident ne disposent pas d’un stade conforme à leurs attentes. Existe-t-il alors un moyen de corriger ce modèle ? Jérémy Moulard, Docteur en Management du Sport Professionnel et Consultant Stade/Arena, livre ses analyses pour Ecofoot. Entretien.

Le modèle des PPP n’est pas une bonne affaire pour les parties prenantes engagées dans de tels accords. Et c’est notamment vrai pour les concessionnaires qui ne parviennent pas à trouver un modèle rentable concernant l’exploitation des stades. Déjà déficitaires avant la crise, l’absence d’activité durant plus d’un an a mis à mal financièrement les différentes sociétés gérant les stades de l’EURO 2016. A Bordeaux, doit-on s’attendre à un dépôt de bilan de SBA d’ici la fin de l’année comme le suggèrent certains médias locaux et nationaux ?

Le modèle de PPP n’est pas une bonne affaire. On le sait depuis l’échec industriel du Mans, qui a provoqué une augmentation des impôts locaux de 210% pour tenter d’éponger les dettes du stade. Dans ces schémas, l’exploitant, le club et la ville sont tous perdants au regard de leurs objectifs initiaux. Malheureusement on n’a pas appris de nos erreurs en France et aucun partage d’expérience et référentiel commun n’ont été mis en place depuis 10 ans. Les situations de Bordeaux et Nice, voire Lille et Marseille, étaient prévisibles bien avant les constructions.

A Bordeaux, SBA négocie depuis plus d’un an la fin du PPP avec la ville et le club de Bordeaux. Mais, la pandémie et l’actualité du club, sa vente et ses résultats financiers inquiétants ont retardé les négociations. Elles seront encore plus compliquées si la rétrogradation du club est confirmée, le schéma et la situation financière seraient encore plus critiques pour les 3 parties prenantes.

La ville ne veut pas payer plus pour le stade (3 M€ par an), le club veut diminuer les loyers (3,9 M€) d’un stade inadapté à ses besoins marketing, et SBA veut arrêter une exploitation déficitaire depuis 5 ans. Un vrai casse-tête additionné potentiellement à la singularité de l’engagement écrit du club en 2015 voulu par Alain Juppé. Le club ayant été vendu deux fois depuis, nous ne savons rien du devenir de cet engagement à ce jour.

🏟️ Quelle est la nature des engagements pris par le FCGB auprès des collectivités ?

Pour sécuriser à long terme le paiement du loyer prévu par les Girondins de Bordeaux dans la convention d’occupation du stade, une lettre d’intention constitutive d’une sureté personnelle au sens du Code civil a été signée par l’actionnaire du club résident en 2015. Dans ce courrier daté du 30 avril 2015 adressé à la ville, l’actionnaire, le Président du Groupe M6, déclare qu’il « ne se désintéressera pas de la situation financière et du sort de sa filiale FCGB et fera en sorte que cette dernière, en application de l’article 20.1 ii de la convention, exécute ses engagements à votre égard au titre (i) de la redevance annuelle (ii) de la participation aux charges annuelles d’entretien de la pelouse du nouveau stade, et, le cas échéant (iii) de l’intéressement au chiffre d’affaires réalisé par le FCGB ». Un engagement auquel ne s’est pas soustrait GACP au moment du rachat du club.

Quel scénario serait le plus favorable pour l’ensemble des parties prenantes engagées dans le PPP du Matmut Atlantique ? Une reprise de la société SBA par le futur repreneur du FC Girondins de Bordeaux ne doit-elle pas être le scénario poussé par la métropole pour contenter toutes les parties ? A quel montant pourrait être cédée cette société ?

Dans l’hypothèse où le club reste en L1, les Girondins de Bordeaux doivent chercher à récupérer l’exploitation du stade comme a pu le faire l’Olympique de Marseille avec Arema. Je ne serais pas surpris qu’avec l’arrivée du nouveau propriétaire ce schéma puisse intervenir dès 2022. La négociation pour le club serait alors de récupérer l’exploitation, d’adapter le stade en fonction des besoins micro-localisés du club et d’investir en compétences marketing pour l’exploitation hors jour de match du stade. Il s’agit d’un investissement conséquent, en ressources et compétences indispensables, qui au regard de la situation financière du club pose plusieurs questions.

Un investissement en compétences marketing important de la part de Gérard Lopez pour diversifier l’économie du club est-il une priorité ? A Lille et Paris, plus de 100 recrutements ont été réalisés pour mettre en place l’offre et les services liés à l’exploitation du stade. Au regard du passage au LOSC de Gérard Lopez et sa vision économique basée sur l’achat et revente de joueurs à fort potentiel on peut en douter à ce jour.

« Il est très compliqué de rendre un stade rentable après sa construction sans un investissement très important »

Un investissement complémentaire dans la ressource stade est-elle envisageable ? Le stade actuel, bien que récent, est inadapté aux besoins marketing du club. Il est surdimensionné, l’accessibilité est compliquée, il a mauvaise presse auprès des supporters et de plus les charges d’exploitation et de maintenance sont très élevées. Il est très compliqué de rendre un stade rentable après sa construction avec les problèmes d’exploitation majeurs identifiés sans un investissement très important.

La collectivité veut-elle/peut-elle encore investir dans le stade ? Va-t-elle tenter d’aider le club une nouvelle fois en accordant une réduction/suppression du loyer conditionnée sur 3 à 5 ans – schéma notamment retenu au Havre – pour permettre au club d’investir en compétences et outils marketing pour restructurer et exploiter le stade en vue d’une diversification financière ?

Les sociétés Vinci et SBA vont-elles accepter de sortir du schéma d’exploitant gratuitement si ces dernières gardent la maintenance du stade ? Il faut l’espérer pour le club et la ville, la société est déficitaire, la société SBA ne vaut pas un seul centime.

La situation est également préoccupante du côté de Nice Eco Stadium, société disposant de la concession de l’Allianz Riviera. NES a été placé en procédure de sauvegarde au mois de mai dernier selon les informations de Nice Matin. L’OGC Nice ne doit-il pas profiter des difficultés du concessionnaire pour intégrer le capital de NES voire devenir l’exploitant exclusif de l’Allianz Riviera ? L’arrivée d’un nouvel actionnaire à la tête de NES pourrait-elle remettre en cause les accords passés entre l’OGC Nice et la Métropole de Nice concernant l’exploitation de l’enceinte sportive ?

La situation à Nice est similaire à celle de Bordeaux ou Marseille. Le club doit trouver un moyen, à terme, de reprendre l’exploitation exclusive du stade. A Nice le stade coûte 11 M€ à la ville par an et le club paye un loyer de seulement 2 M€. Il faut arrêter le subventionnement indirect des clubs par les collectivités et leur donner les clés et les responsabilités principales de leur outil de production. Les aides financières annuelles et récurrentes des collectivités sont contre-productives pour le développement des clubs.

« Il faut donner aux clubs les clés de leur outil de production »

Des travaux scientifiques montrent que ces aides annuelles substantielles des collectivités seraient la cause d’une atténuation consciente ou inconsciente de l’effort managérial des dirigeants des clubs dans l’optimisation de la gestion des coûts des nouvelles structures et l’absence d’incitation à le faire. En Allemagne, chaque club est associé et est impliqué financièrement dans les projets en étant propriétaire ou exploitant. Si les stades sont mieux adaptés et répondent à l’objectif de diversification des clubs c’est en grande partie grâce à cela.

La France doit-elle faire évoluer son arsenal législatif pour :

1/ Accentuer l’implication des clubs professionnels dans l’exploitation des enceintes sportives ?

2/ Favoriser l’accès à la propriété des enceintes sportives ?

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