Interview

« Le sport féminin est largement sous-représenté dans les médias »

Michele Morrone - Shutterstock.com

Bien que des efforts aient été réalisés au cours des dernières années, le sport féminin souffre toujours d’un fort déficit de médiatisation en France. Pourtant, les médias ont un rôle clé à jouer dans le développement de la popularité et de la notoriété des disciplines sportives. Nicolas Delorme, Sociologue du Sport et Membre du Comité Scientifique du think tank Sport et Citoyenneté, nous a accordé un entretien sur la place du sport féminin dans les médias français et ses conséquences sur son développement économique.

Le 31 août dernier, L’Equipe choisissait de mettre en Une la victoire d’étape de Julian Alaphilippe sur le Tour de France plutôt que la 5e Ligue des Champions consécutive remportée par l’OL Féminin, reléguée dans un bandeau. Ce choix éditorial illustre-t-il le traitement médiatique réservé au sport féminin en France ?

Ce choix illustre malheureusement de façon parfaite le traitement médiatique réservé au sport féminin en France. Les nombreux travaux scientifiques concernant la couverture journalistique du sport en fonction du sexe des athlètes ont mis en lumière le traitement biaisé – quantitativement et qualitativement – effectué par les différents médias.

D’un point de vue quantitatif, le sport féminin est largement sous-représenté dans l’ensemble des supports médiatiques (presse écrite, télévision, radio, internet). Ce biais est particulièrement marqué quand il s’agit de pratiques perçues comme traditionnellement « masculines ». Les études ayant analysé les rubriques sportives montrent que les quotidiens nationaux ne consacrent qu’une faible part de leurs articles au sport féminin, comprise entre 5 et 10 % suivant les titres. Même constat à la télévision où les dernières études estiment que la part du sport féminin se situe entre 16 et 20 % toutes chaînes confondues.

La seule exception à cette tendance lourde concerne les grandes compétions internationales comme les Jeux Olympiques. En effet, ces évènements planétaires contribuent à déclencher une ferveur nationaliste parmi la population. Aussi les médias, dans le but de satisfaire leurs audiences, ont tendance à soutenir une identité nationale avec une surreprésentation (souvent associée à une glorification) de « ses » athlètes. Dans ce contexte, il arrive fréquemment que la nationalité des athlètes et leur capacité à obtenir un titre (ou une médaille) relèguent au second plan leur sexe. Dans ces cas-là, la couverture médiatique est bien plus favorable aux athlètes féminines qu’à l’accoutumée. L’augmentation du nombre de chaînes sur la TNT a aussi eu un effet positif et a permis à certains sports collectifs féminins de bénéficier d’une meilleure visibilité.

« A la télévision, les dernières études estiment que la part du sport féminin se situe entre 16 et 20 % toutes chaînes confondues »

D’autres recherches qualitatives ont souligné les différences de traitement dans les discours journalistiques. Ainsi, les journalistes sportifs – qui sont majoritairement des hommes – véhiculent fréquemment une représentation stéréotypée des athlètes féminines qui se traduit notamment par l’utilisation d’un langage sexiste. Les femmes reçoivent, par exemple, beaucoup plus de commentaires sur leur apparence physique que sur leurs performances sportives. Elles sont également plus souvent critiquées que les hommes et leurs réussites sportives sont plus fréquemment dévaluées et/ou marginalisées. On constate par ailleurs que les femmes sont essentiellement dépeintes dans des sports « sexuellement appropriés » comme la danse, le patinage artistique ou la gymnastique. Elles sont donc de fait souvent exclues de la couverture des sports perçus comme « masculins », à l’instar du rugby, qui sont aussi ceux étant les plus médiatisés. Cette division sexuée des sports reste toutefois très spécifique à chaque pays. Le football est par exemple perçu comme une pratique « féminine » aux Etats-Unis.

Dans votre article dernièrement paru dans The Conversation, vous mentionnez la théorie de l’agenda setting, reposant sur le pouvoir qu’ont les médias dans le développement de la popularité et notoriété d’une discipline sportive. Quelles mesures faudrait-il prendre en France pour assurer une meilleure exposition au sport féminin ? Est-ce aux pouvoirs publics de prendre leurs responsabilités à ce sujet ?

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