Stratégie

Comment améliorer son taux de réussite dans l’exercice du penalty ?

Le Stade Rennais, 8ème de ligue 1, affiche la plus mauvaise statistique d’Europe en matière de penalty : un taux de réussite de 20%. Depuis le début de la saison, les Bretons ont raté 8 penaltys sur 10 et restent sur une série de 6 échecs d’affilée. Malaga, en Espagne, est le deuxième pire club au classement et affiche un taux de réussite de 45%, soit 25 points de plus que Rennes. N’existe-t-il pas de solutions pour casser cette mauvaise dynamique ? Pour reprendre la main sur cet exercice phare ?

L’augmentation des cadences d’entraînements est-elle efficace ?

Tout le monde le dira, le secret c’est le travail. Il faut travailler à l’entrainement de façon continue et répétée. Les joueurs doivent être capables de maîtriser leur geste, de faire face à n’importe quelle situation.

D’après Guy Roux, le célèbre entraineur de l’AJ Auxerre, « il faut s’entraîner tous les jours et accélérer la cadence avant les matchs importants ». Ce dernier, après une accumulation d’échec aux penaltys, avait imposé à ses joueurs d’en tirer au minimum deux à chaque entrainement, au début et à la fin, afin d’intégrer le facteur physique : lors d’un match, les jambes ne sont plus les mêmes, que l’on soit à la 10ème minute ou à la 90ème.

Qu’a constaté Guy Roux ? Une amélioration significative du taux de réussite de ses joueurs. « J’ai voulu imposer un véritable protocole de penalty et cela a parfaitement fonctionné ». Son postulat a d’ailleurs été validé par Ignacio Palacios-Huerta, dans son livre L’économie expliquée par le foot.

L’économiste espagnol s’est intéressé à une particularité dans le football argentin. Lors de la saison 1988-1989, les dirigeants de la ligue ont testé la suppression des matchs nuls. A la fin des 90 minutes, lorsque le score était de parité, les équipes devaient s’affronter sur une séance de tirs au but. Le vainqueur empochait les 2 points de la victoire et le perdant 1 point.

Résultat, 132 séances ont eu lieu et la probabilité de tirer un penalty a augmenté de 9 000% par rapport à la saison précédente. Les joueurs ont eu l’obligation d’améliorer leur geste et leur technique, les séances d’entrainement se sont multipliées.

Palacios-Huerta a constaté que, lors de la saison 88-89, on comptait 4 272 entrainements aux tirs au but dans la semaine en moyenne, tout club confondu, contre 33 dans toutes les autres saisons, entre 1987 et 2014.

Le taux de réussite ne s’est pas pour autant amélioré car le penalty est un jeu à somme nulle, il y a forcément un perdant et un gagnant. Si tout le monde s’entraine et améliore son geste, les taux restent les mêmes.

Cependant, cela a joué sur la suite de la carrière des joueurs. Lors du Mondial 1990 en Italie, la sélection argentine s’est hissée en finale après deux séances de tirs au but, respectivement face à la Yougoslavie et à l’Italie. Ils ont fait preuve d’une maitrise absolue, affichant un cinglant 100% de réussite face à leurs adversaires. La presse les avait alors surnommés « l’équipe des penaltys ».

Comment intégrer le facteur « pression » ?

Seulement, pour beaucoup de spécialistes, s’entrainer aux penaltys n’a rien à voir avec une situation réelle. Les joueurs subissent la pression de leurs adversaires, du public et doivent contrôler leur peur. Aucun entrainement ne reproduira les conditions réelles d’un match tendu.

L’ancien joueur devenu consultant Daniel Bravo affirme même, dans l’émission Les Spécialistes, « que cela ne sert à rien. Au contraire, ça risque même de laisser les joueurs sur une dynamique de tranquillité et ils ne seront plus habitués à la réalité du terrain ».

Dans son livre Onze mètres, Ben Lyttleton cite Valeri Lobanovski, le mythique entraineur du Dynamo Kiev dans les années 1980, qui imposait une séance de penaltys à l’entrainement chaque semaine. Sauf que, pour reproduire la pression d’une rencontre, il demandait à ce que l’ensemble du staff, les équipes de jeunes et l’équipe réserve viennent assister à la séance munis de tambours et de fumigènes et il leur demandait de faire le plus de bruit possible. Les joueurs devaient avoir l’impression d’être en plein match.

Lobanovski poussait même le vice encore plus loin en demandant à certains « supporters » de faire preuve de véhémences contre les tireurs, ces derniers devaient ressentir la peur.

Le but était qu’ils maîtrisent cette crainte, qu’ils soient capables de faire face à la pression lors des matchs et de ne pas fragiliser leur geste. Lyttleton a d’ailleurs constaté une amélioration croissante du taux de réussite des joueurs du Dynamo sous Lobanovski.

Et si on mettait de l’argent en jeu ?

Les joueurs de foot sont des professionnels. En tant qu’agents rationnels, ils vont chercher à maximiser leur intérêt particulier, le gain monétaire, sous contrainte, l’effort individuel et l’effort collectif. Si la seule pression populaire ou la pression des pairs est en jeu lors d’un penalty, il se peut que le tireur n’optimise pas entièrement son action.

En économie expérimentale, branche qui cherche à valider, en laboratoire, des théories économiques, de nombreux travaux sont critiqués pour leur manque de validité empirique : nous n’agissons pas de la même sorte que nous soyons dans un labo, entouré de chercheurs, ou dans le monde extérieur, avec nos contraintes de la vie de tous les jours.

Les économistes Armin Falk et James Heckman ont néanmoins montré que l’individu, bercé par la société capitaliste, affichait les mêmes comportements qu’il soit en laboratoire ou en extérieur dès lors que de l’argent était en jeu.

« On ne joue pas de la même façon au poker si l’on mise des cacahouètes ou de véritables billets de banque ». Si un gain monétaire est promis à l’arrivée, l’agent rationnel va chercher à maximiser son utilité et à appliquer le meilleur comportement possible.

D’ailleurs, ils constatent que plus le gain monétaire augmente, plus le comportement optimisateur et individualiste s’affirme.

Dans le cas du foot, s’entrainer gratuitement aux penaltys n’apporterait pas plus de résultat qu’espéré : le joueur ne se mettrait pas, tout seul, la pression sur le résultat. Or, si l’entraineur décidait de mettre en jeu une certaine somme d’argent, suffisamment élevée pour qu’elle parle à l’équipe, celle-ci se conditionnerait à réussir.

D’autant plus que, lors d’un penalty, il n’y a qu’un seul tireur et 10 coéquipiers. Il y a une forte pression des pairs. Si Philippe Montanier, le coach du Stade Rennais, organisait des séances de penaltys dans la semaine, promettait une prime à toute l’équipe en cas de succès et une amende en cas d’échec, peut-être le tireur ressentirait l’influence de ses coéquipiers et, par la pratique, la contrôlerait.

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Source photo à la Une : © Stade Rennais FC (Facebook)

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