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« En Allemagne, l’actionnariat populaire a permis d’entretenir l’excellente santé financière du championnat le plus rentable d’Europe »

interview florian le teuff a la nantaise

Ecofoot.fr a eu la chance cette semaine de s’entretenir avec Florian Le Teuff, Président de l’association A La Nantaise et du Conseil National des Supporters de Football. Au cours de l’entretien, nous avons abordé la question de l’actionnariat populaire tout en évoquant plus globalement le combat mené par Florian Le Teuff, qui milite depuis plusieurs années pour l’instauration d’un vrai dialogue entre supporters et dirigeants du football français.

Comment avez-vous eu l’idée d’initier le projet « A la Nantaise » ? Pouvez-vous nous décrire les grandes lignes du projet ?

Dans un contexte très difficile pour le FC Nantes qui était au bord de la relégation en National, A la nantaise a été créée en mai 2010 par une bande de copains souhaitant promouvoir les principes éthiques du club : la formation, le jeu et l’innovation. Un grand élan populaire a été créé puisqu’A la nantaise, six ans après son lancement, fédère plus de 2300 amoureux du FCN et une trentaine d’entreprises. Les experts de l’association (juristes, économistes, chefs d’entreprises…) ont permis d’organiser la première levée de fonds d’un projet d’actionnariat populaire dans le football français. Notre objectif est de participer au tour de table lors du prochain changement de propriétaire du FC Nantes et d’entrer au capital du club, en tant qu’actionnaire minoritaire, afin d’être représentés dans le Conseil d’Administration. Notre ambition est d’avoir un œil et une oreille dans les organes de décision du FCN, en tant que garants des valeurs qui ont fait l’identité et la force du club.

Quel est le montant que vous êtes parvenus à lever via l’association « A la Nantaise » ? Quel pourcentage du capital social du FC Nantes souhaitez-vous obtenir via cette somme ?

Le pourcentage du capital que nous détiendrons sera défini dans le cadre de négociations avec le futur actionnaire majoritaire. Il s’agira d’une part minoritaire, bien évidemment nous n’envisageons pas de racheter l’intégralité du club. L’association A la nantaise a créé une Société par Actions Simplifiée qui nous a permis de commencer à recueillir des fonds. Plus de 350 adhérents sont déjà devenus « Canaris en action », c’est-à-dire contributeur à la levée de fonds en versant 100 euros, ou 50 euros pour les étudiants et demandeurs d’emploi. Cela nous permet de détenir d’ores et déjà l’équivalent de 7% du montant actuel du capital du FC Nantes (500 000 euros). Une étude indépendante de l’Université de Nantes a démontré que le potentiel économique de l’actionnariat populaire au FC Nantes, dans le cadre d’une ouverture du capital du club aux supporters, est de 1,7 million d’euros, soit plus de trois fois le montant actuel du capital du FC Nantes. Cette enquête démontre que plus de 20 000 supporters sont prêts à participer financièrement à cette initiative.

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  • La direction du FC Nantes est-elle sensible à votre projet ? Avez-vous pu l’exposer dans son intégralité aux dirigeants ? Quels sont leurs retours à ce sujet ?

    Au moment de son lancement en 2010, notre association avait été reçue à la Jonelière par la direction. Franck Kita, Directeur Général et fils du Président-propriétaire Waldemar Kita, avait déclaré par voie de presse qu’il jugeait notre projet particulièrement intéressant. Puis, plus A la nantaise a grandi, plus les dirigeants se sont refermés sur eux-mêmes et ont refusé toute forme de dialogue. Par conséquent, l’actionnariat populaire ne se fera pas sous l’ère Kita, il ne pourra se faire qu’avec le futur actionnaire de référence du club, au moment de la prochaine cession qui arrivera tôt ou tard. Nous sommes d’ores et déjà prêts, dans les starting-blocks pour entrer au capital et contribuer ainsi à la gestion du FC Nantes. S’appuyant sur un travail académique réalisé par des experts reconnus, l’association profite d’une notoriété grandissante et s’est imposée comme un interlocuteur de référence auprès des pouvoirs publics et des médias nationaux.

    Dans votre démarche, êtes-vous soutenus par certains acteurs politiques ?

    « L’actionnariat populaire est inscrit dans le programme électoral de Johanna Rolland »

    Oui, et il s’agit justement d’un point stratégique majeur. A la nantaise est soutenue par l’intergroupe sports du Parlement européen. Les échanges avec le ministère des sports sont très encourageants. Mais ce sont surtout les élus locaux qui peuvent jouer un rôle déterminant. Nantes Métropole, en tant que propriétaire des infrastructures du centre de formation et du stade de la Beaujoire, est liée au FCN par des conventions qui lui permettront d’avoir son mot à dire au moment du changement d’actionnaire de référence. Or, l’actionnariat populaire est soutenu par l’ensemble des sensibilités du Conseil Municipal de Nantes depuis un vœu voté à l’unanimité en mars 2012. Par ailleurs, l’actionnariat populaire est inscrit dans le programme électoral de Johanna Rolland, Maire de Nantes et présidente de Nantes Métropole depuis 2014. Toutes les conditions sont donc réunies.

    Etes-vous parvenus à présenter votre projet à des membres de la LFP ? Sont-ils sensibles à ce type de démarche ?

    A la nantaise est activement impliquée dans le Conseil National des Supporters de Football (CNSF) qui a obtenu des entrevues avec Noël Le Graët, président de la FFF, et Frédéric Thiriez, qui était alors président de la LFP. Nous avons très vite compris que les instances nationales ne souhaitent surtout pas évoluer vers davantage de transparence et remettre en cause le mode de fonctionnement du football français, dominé par l’entre-soi et le conservatisme. Partant du principe que les instances agissent dans la cadre d’une délégation de service public, nous nous sommes tournés vers le gouvernement (le Secrétaire d’Etat aux sports, Thierry Braillard, soutient l’actionnariat populaire et nous a reçu à plusieurs reprises) et vers le législateur : une proposition de loi rédigée par le professeur des facultés de droit Jean-Pierre Clavier (administrateur d’A la nantaise et du CNSF) a été signée par plus de cent parlementaires de toutes sensibilités. Certains articles issus de cette proposition de loi ont été adoptés par le Parlement en avril dernier et ont permis, pour la première fois en France, une reconnaissance du rôle positif des supporters. A partir de septembre 2016, une instance nationale du supportérisme sous l’égide du ministère des sports permettra de créer les conditions du dialogue entre supporters et instances du football. Enfin !

    Quelles peuvent-être les prochaines étapes du projet ?

    Au niveau local, A la nantaise a engagé des discussions très positives avec le président de l’autre grand club professionnel de la ville, le Handball Club de Nantes, afin de mettre en place le premier projet d’actionnariat populaire du sport professionnel français, avec l’appui de nos amis de Supporters Direct Europe. Au niveau national, A la nantaise poursuit son travail au sein du CNSF pour continuer à changer la législation. Les Assises Nationales du Supportérisme seront organisées par le CNSF en septembre prochain au Sénat. D’ici là, nous allons solliciter des entrevues avec les nouveaux responsables de la LFP et des syndicats de clubs, afin de les sensibiliser à l’importance d’évoluer vers un football transparent, responsable et durable reconnaissant les supporters comme des acteurs essentiels. Nous n’attendons pas de beaux discours mais des actes, dans le cadre d’un travail en bonne intelligence aboutissant à du concret.

    Pourquoi les projets d’actionnariat populaire tardent à se concrétiser au sein du football professionnel français ? Quelle est l’évolution de cette tendance au sein des autres championnats européens ?

    « L’actionnariat populaire y a démontré sa pertinence, au service des valeurs d’un football populaire et citoyen »

    Le football français semble être géré comme on gérait les entreprises au XIXe siècle, de manière opaque, verrouillée, frileuse. Nous constatons que le football professionnel français n’assume pas sa responsabilité sociétale. L’actionnariat populaire se diffuse dans tous les grands championnats européens, sous l’impulsion de l’organisation Supporters Direct Europe qui a été créée en 2007 avec le soutien de l’UEFA pour accompagner les initiatives démocratiques de supporters dans leur volonté de détenir une partie voire l’intégralité du capital de leur club. Supporters Direct Europe est implanté dans plus de 20 pays du continent. L’actionnariat populaire y a démontré  sa pertinence, au service des valeurs d’un football populaire et citoyen mais au service, également, de l’efficacité économique d’un sport qui a besoin de diversifier ses recettes. En Allemagne, l’actionnariat populaire est une obligation réglementaire qui a permis d’entretenir l’excellente santé financière du championnat le plus rentable d’Europe.

    Que vous inspire la gouvernance actuelle du FC Nantes ? Etes-vous en phase avec les décisions sportives et stratégiques prises par la direction du club ?

    Depuis quinze ans, le FC Nantes est entre les mains d’actionnaires uniques successifs. Le modèle « Socpresse, Dassault, Kita », autocratique, hors-sol, coupé du territoire, est à bout de souffle. Ce modèle ne respecte pas l’ADN du club qui repose sur le collectif, l’innovation et l’ancrage local. Depuis 1960, avec l’arrivée du père du jeu à la nantaise José Arribas, jusqu’à l’éviction de Raynald Denoueix, en 2001, le FCN était reconnu comme un club pionnier car il avait su réinventer avec toujours plus d’imagination les principes du jeu à la nantaise qui permettaient au club d’avoir systématiquement un temps d’avance sur tous les autres. Depuis 15 ans, le FC Nantes n’invente plus rien et a seulement la chance d’être soutenu par un merveilleux public, sûrement le meilleur de France. Aujourd’hui et pour l’avenir, notre association et tous ceux qui nous soutiennent souhaitent donner un prolongement au travail d’Arribas et mettre en place, avec les valeurs du jeu à la nantaise chevillées au cœur, le premier projet d’actionnariat populaire du football français.

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    Source photos : © Association A La Nantaise

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