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Interview

L’ANS, une mobilisation au service du supportérisme

Romain Biard - Shutterstock.com

Grâce à un travail intensif et sans relâche mené depuis 2014, l’Association Nationale des Supporters est parvenue progressivement à sensibiliser de nombreux acteurs et décideurs – notamment politiques – aux problématiques rencontrées par le monde des tribunes. Lors d’un entretien pour Ecofoot, le Bureau de l’ANS livre ses analyses sur le rapport parlementaire dernièrement présenté par les députés Marie-George Buffet et Sacha Houlié tout en partageant leurs attentes sur l’avancée des sujets liés au supportérisme.

Les députés Marie-George Buffet et Sacha Houlié ont dernièrement présenté un rapport d’information sur le supportérisme intégrant une trentaine de propositions visant à mieux prendre en compte les problématiques mises en avant par les supporters au cours des dernières années (interdictions trop nombreuses de déplacement, encadrement des interdictions administratives de stade, utilisation des fumigènes…). Que pensez-vous de ce rapport ? Les propositions vont-elles assez loin selon vous ?

Le rapport d’information des députés MG. Buffet et S. Houlié était très attendu par les supporters. C’est le premier rapport parlementaire sur le sujet depuis le rapport sénatorial Murat-Martin (2007). Surtout aucun état des lieux sur la situation du supportérisme, malgré la succession de lois sur le sujet depuis 2006, n’avait été dressé. Il était donc temps de faire un point sur toutes les mesures mises en place, notamment depuis la création des interdictions administratives de stade en 2006 mais aussi depuis la création des interdictions collectives de déplacement en 2011 et depuis la loi du 10 mai 2016 qui d’une part étoffe l’arsenal répressif et crée l’interdiction commerciale de stade et qui d’autre part donne enfin un statut légal aux supporters et crée des outils de dialogue à l’image du référent-supporters et de l’instance nationale du supportérisme. Cet état des lieux était d’autant plus important que le régime restrictif de libertés créé à l’endroit des supporters a commencé à inspirer des régimes équivalents concernant d’autres corps sociaux, au motif qu’il aurait montré son efficacité (cf. débat sur les interdictions administratives de manifester). En ce sens, ce rapport est essentiel : avant de se réclamer d’un succès, dressons-en le bilan.

Par ailleurs, le rapport ne s’est pas borné à étudier seulement certains dispositifs répressifs, mais il a tâché de dresser un bilan complet, incluant les bonnes pratiques en matière de dialogue. Au final, cela a permis d’aboutir à de nombreuses préconisations particulièrement opportunes. La qualité du rapport, au-delà des préconisations, ressort de la quantité d’éléments inédits qu’il contient – comme les données chiffrées sur les interdictions de stade – et du panel des personnes auditionnées. En effet, tous les acteurs incontournables du sujet ont été entendus, sans que cette fois les associations de supporters ne soient laissées de côté.

Justement, les initiatives permettant de nouer un dialogue entre les différentes parties prenantes sont louées dans ce rapport parlementaire. Le dialogue a-t-il permis de faire avancer concrètement la cause du supportérisme au cours des dernières années ?

Ce rapport ponctue les avancées obtenues grâce au dialogue. Le dialogue a permis d’avancer sur de nombreux sujets. Au sein de l’instance nationale du supportérisme, il a permis de mettre en place l’expérimentation des tribunes debout sécurisées qui est un succès ; ce que ne manque pas de relever le rapport. Par ailleurs, la qualité du dialogue avec la LFP, malgré des désaccords sur certains sujets, depuis 2016 et l’arrivée de Mme Boy de La Tour, a permis l’entrée en vigueur du tarif unique et populaire en parcage visiteurs (5€ en L2, 10€ en L1). Plus généralement, ce dialogue généralisé a permis de mettre en place de vrais référents-supporters dans les clubs de L1 et de L2. Partout où cette mise en œuvre a été menée sérieusement, l’ensemble des acteurs locaux en soulignent l’importance. Le rapport parlementaire place le référent-supporters au cœur du modèle du supportérisme à la française dont il entend poser les fondations.

Comme vous l’évoquez, le sujet des interdictions et restrictions collectives de déplacement est lui-aussi très évocateur du changement de paradigme. C’est ce que relève le rapport, lequel ne se borne pas à constater les progrès mais propose de nouvelles améliorations ambitieuses. En cela, le rapport rejoint la circulaire du Ministère de l’Intérieur adressée aux préfets en novembre dernier. Notre volonté était de revenir à un usage exceptionnel et proportionné de ces outils restrictifs de liberté alors qu’ils faisaient l’objet d’une utilisation croissante et massivement abusive. Ce rapport, comme la circulaire ministérielle, rappellent que l’interdiction de déplacement ne peut pas être la norme et doit rester l’exception. Un rappel pas si anodin quand on lisait, dans la presse, des Préfets parler de « revenir à la tradition des interdictions de déplacements » et de « cadeau » fait aux supporters lorsque ceux-ci étaient autorisés à se déplacer.

La force du rapport, c’est de ne pas se borner à pointer les abus, mais bien de souligner l’utilité de l’outil, s’il est bien utilisé. A cet effet, le rapport propose des solutions qui peuvent paraître de bon sens mais sur lesquels nous avons mis des années à être entendus. Aussi, le rapport insiste sur l’importance d’intégrer toutes les parties prenantes à la prise de décision et veut insister sur la nécessité de la présence du référent-supporters aux réunions de préparation en préfecture. Le rapport propose également d’homogénéiser et de contrôler la prise de décision en donnant plus d’importance aux avis de la DNLH. Nous espérons que cela puisse répondre aux disparités de traitement des déplacements d’une préfecture à l’autre. Enfin, le rapport pointe aussi l’incohérence des arrêtés d’interdiction se basant sur des évènements s’étant produits il y a 10 ou 15 ans. C’est une grande avancée pour nous que cette absurdité soit mise en lumière et que le rapport propose d’encadrer l’ancienneté des motifs mentionnés.

« Le rapport parlementaire place le référent-supporters au cœur du modèle du supportérisme à la française dont il entend poser les fondations »

Le fait que le rapport place au cœur de ses préconisations des outils sur lesquels nous travaillons depuis des années est un bel encouragement : en particulier le référent-supporters et les bonnes pratiques expérimentées dans le cadre de la Fondation Nivel. Il s’appuie aussi clairement sur l’expertise des personnes aujourd’hui en place dans le dialogue supporters-instances. Nous avons aujourd’hui la chance de travailler avec des professionnels rigoureux et progressistes, ce qui permet une relation de travail exigeante mais constructive. Il faut continuer à construire sur cette expertise.

Le rapport pointe également du doigt certains lourds dysfonctionnements – notamment administratifs – entravant la liberté des supporters. Le jugez-vous sévère sur ce point ?

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