Economie

Quelle valorisation pour l’AS Saint-Etienne ?

asse valorisation
RICOCHET64 / SHUTTERSTOCK.COM

Garant d’un football populaire et détenu à plus de 50% par des actionnaires locaux, l’AS Saint-Etienne devrait succomber prochainement aux sirènes du libéralisme économique en accueillant au sein de son capital social un investisseur étranger. L’arrivée d’un nouvel actionnaire est en tout cas le souhait manifesté depuis plusieurs mois par le duo Bernard Caiazzo – Roland Romeyer. Une opération qui doit également permettre d’asseoir la solidité financière du club.

Saint-Etienne sera-t-il le prochain club professionnel français à basculer sous pavillon étranger ? Après l’AS Monaco, le PSG ou encore l’Olympique de Marseille, le club stéphanois pourrait être le prochain grand nom du football hexagonal à recevoir des offres en provenance d’investisseurs internationaux.

La recherche d’un nouvel investisseur est pleinement assumée par le Board du club stéphanois. Révélé en début d’année 2017, Bernard Caiazzo et Roland Romeyer, les deux hommes forts de l’état-major stéphanois, ont confirmé leur volonté d’accueillir un nouvel actionnaire dans le capital social de la SASP AS Saint-Etienne. La banque Lazard a été sollicitée en fin d’année dernière afin de trouver cet investisseur, en capacité de faire franchir un cap sportif aux Verts.

Selon l’entourage du club, la banque Lazard aurait déjà reçu une demi-douzaine de dossiers qualifiés de sérieux. Face à l’intérêt suscité par le club stéphanois, l’arrivée du nouvel investisseur pourrait être bouclé d’ici quelques mois.

Quel sera le montant levé par la SASP AS Saint-Etienne dans cette opération ?

Depuis le lancement de la procédure, les deux hommes forts du club stéphanois – Roland Romeyer et Bernard Caiazzo – ont martelé leur volonté de faire franchir un cap à l’ASSE en attirant ce nouvel investisseur. L’opération prendrait alors, dans un premier temps, la forme d’une augmentation de capital permettant au club stéphanois de bénéficier d’une rentrée de liquidités et de financer de nouveaux projets.

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  • Un montant de l’ordre de 20 M€ pour acquérir 20% du capital social a alors été avancé au cours des derniers mois. Une transaction qui valoriserait la SASP AS Saint-Etienne à hauteur de 100 M€, après validation de l’entrée du nouvel investisseur.

    Néanmoins, la position des propriétaires du club stéphanois a quelque peu évolué au cours des dernières semaines. Pour Bernard Caiazzo et Roland Romeyer, le nouvel entrant devra à terme acquérir une position d’actionnaire majoritaire. Ce qui sous-entend un désengagement progressif des deux partenaires à la tête du club. Mais ils ne feront pas de la vente de leurs parts une question d’argent comme l’a indiqué dernièrement le président du directoire, Roland Romeyer, à nos confrères de France Football.

    Les aspirations de la direction stéphanoise sont-elles conformes à la valeur de marché ?

    La direction de l’AS Saint-Etienne parviendra-t-elle dans un premier temps à lever 20 M€ contre la cession de 20% du capital social du club ? A cette question, il est difficile d’y apporter une réponse formelle tant la valorisation d’un club de football est complexe.

    « Il faut bien avoir en tête qu’il n’existe pas de marché des clubs qui permettrait de façon certaine de savoir combien vaut tel ou tel club. Finalement, le coût d’un club résulte bien souvent d’un arbitrage entre différents éléments (actifs, perspectives de développement économique, dynamique sportive, capacité marketing, notoriété…) et la rencontre d’un consentement à payer de la part d’un investisseur » nous a ainsi dernièrement précisé Christophe Lepetit, Responsable des études économiques au CDES de Limoges.

    Les dernières transactions concrétisées au sein du football professionnel français permettent de donner quelques éléments de comparaison. En septembre 2016, l’homme d’affaires américain Frank McCourt a déboursé 45 M€ pour acquérir 95% du capital social de l’Olympique de Marseille. Et le groupe chinois IDG a acquis au mois de février dernier 20% d’OL Groupe contre 100 M€. Un montant élevé qui s’explique par la structure des actifs du club rhodanien, notamment propriétaire de son enceinte sportive.

    Si ces différentes comparaisons permettent de qualifier d’ambitieuses les velléités stéphanoises, une telle analyse est trop légère pour tirer des conclusions définitives. D’autant que l’ASSE possède quelques atouts, notamment sa très bonne gestion, permettant au club d’engranger chaque année des profits.

    L’application de méthodes financières pourrait donner une évaluation plus précise du club stéphanois. La « Market Multiples», appelée également la méthode des multiples, est fréquemment utilisée par les experts en valorisation d’entreprises, concernant notamment les secteurs au sein desquels de nombreuses sociétés sont cotées en bourse.

    Mais une telle méthode ne donne pas de résultats probants dans l’univers footballistique. En effet, les clubs cotés en bourse au sein du football européen relèvent de l’exception et leur valorisation est très différente d’un cas à l’autre. Par exemple, la valorisation boursière de Manchester United correspondait au mois de juin dernier à 10 fois son excédent brut d’exploitation. Un multiple qui s’élève à 28 dans le cas de l’AFC Ajax et qui tombe à 8 pour la Juventus.

    Le Discounted Cash Flows, autre méthode fréquemment employée par les financiers, est également difficilement applicable aux clubs européens. Affichant des déficits chroniques au cours des dernières années – même si ce n’est pas le cas de l’ASSE – les SASP ne peuvent alors être valorisées selon ce modèle.

    Comment valoriser finement un club de football ?

     « Lors d’une opération de rachat ou de prise de participations dans un club, l’investisseur va demander à avoir accès à l’ensemble des documents comptables et financiers au sujet de l’entreprise. Un audit par ses propres experts sera réalisé. Même si le club affiche des pertes chroniques, il évaluera les investissements et le temps nécessaires pour atteindre le seuil de rentabilité. Puis une offre sera effectuée. Frank McCourt, entouré de ses conseillers, a certainement procédé ainsi pour formuler son offre de rachat de l’OM » nous a alors précisé Thibault Vittet, Expert dans la valorisation d’entreprises.

    Avec la multiplication et la rationalisation des transactions au sein du football européen, certains spécialistes et autres médias ont inventé des modèles alternatifs permettant de valoriser les clubs de football. C’est le cas notamment de Forbes qui applique une variante de la méthode des multiples pour établir chaque année son classement des clubs sportifs les mieux valorisés. Via une telle méthode, Forbes a notamment valorisé Manchester United à 3,7 Mds$ lors de son dernier classement, soit un montant légèrement supérieur à sa valeur actuelle de marché.

    Ayant beaucoup travaillé sur ces questions, en publiant notamment différents textes académiques pour le compte de l’Université de Reading, l’économiste Tom Markham est parvenu, via différentes régressions linéaires, à élaborer une formule permettant de valoriser assez simplement les clubs professionnels de football.

    Club Valuation = (Revenue + Net Assets) x ((Net Profit + Revenue)/Revenue) x (Stadium Capacity %) ÷ (Wage Ratio %)

    Si l’on s’en tient au bilan et au compte de résultat de l’AS Saint-Etienne à l’issue de l’exercice 2015- 16 – derniers documents comptables disponibles publiquement – la valorisation du club se situerait aux alentours des 110 M€. Soit un montant proche des premières estimations réalisées par la direction de l’ASSE.

    Néanmoins, il est important d’émettre quelques bémols à l’application d’une telle formule. En effet, même si son élaboration est le fruit d’un travail académique poussé, elle a été bâtie essentiellement sur l’analyse de clubs britanniques et ne prend pas en compte certains facteurs exogènes au club comme l’attractivité de la métropole ou le niveau de vie de la population située au sein de sa zone de chalandise. De plus, en tenant compte uniquement de cette formule, la valorisation d’un club peut alors brusquement varier d’une saison à l’autre, en fonction des résultats sportifs et comptables.

    L’AS Saint-Etienne présente de nombreux atouts difficilement valorisables

    Ne disposant d’actifs solides facilement valorisables à l’image de la propriété de son stade – le club est tout de même propriétaire de son centre d’entraînement et dispose de plus de 10,5 M€ de fonds propres – l’AS Saint-Etienne présente en revanche de nombreux atouts, difficilement valorisables mais pouvant séduire d’éventuels investisseurs.

    « L’AS Saint-Etienne est un club chargé d’histoire et constitue encore aujourd’hui l’une des marques fortes du football français avec Paris, Marseille ou Lyon. C’est donc un club qui « parle », y compris encore à l’étranger, ce qui peut faciliter la mise en contact avec d’éventuels investisseurs. Par ailleurs, sa dynamique sportive, en dépit des résultats en début de saison, est plutôt intéressante avec une progression régulière qui a ramené le club en Europa League. Avec à la clé le retour de l’engouement populaire autour du club » indique ainsi Christophe Lepetit.

    « Encore pour quelques années, l’ASSE restera le club français ayant le plus de championnats à son palmarès. L’ASSE est quand même le seul club français à avoir l’étoile symbolisant les 10 titres de champion de France. Ce n’est pas rien. Il est également l’un des 4 clubs français à avoir disputé une finale de C1. Et l’ASSE présente un gros avantage : la présence de Lyon à proximité. C’est la perspective de construire/développer une histoire autour de cette rivalité » renchérit alors Geoffroy Garétier, Journaliste Canal +.

    Même si les ambitions paraissent élevées, la direction de l’AS Saint-Etienne devrait être en mesure d’attirer un investisseur en capacité de répondre à ses exigences financières. Néanmoins, étant donné leur volonté de passer la main à moyen terme, les propriétaires de l’ASSE vont certainement privilégier les ambitions à long terme exprimées par le potentiel nouveau candidat plutôt que le montant levé à court terme, lors de l’intronisation de ce nouvel investisseur. Une première étape qui devrait être achevée avant le début de la saison prochaine.

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