Economie

Pourquoi les investisseurs chinois s’intéressent-ils au football européen ?

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De nombreux hommes d’affaires chinois ont opéré au cours des derniers mois des investissements au sein du football européen, acquérant des positions actionnariales minoritaires ou majoritaires au sein de fleurons du Vieux Continent. Des investissements qui ne répondent pas tous au même objectif. Décryptage…

Le mouvement a été tellement intense au cours des derniers mois que le gouvernement chinois a dû revoir dernièrement sa position. Alors que l’actuel président Xi Jinping, grand amateur de ballon rond, a encouragé les premières transactions nouées par les investisseurs chinois au sein du football européen, l’exécutif chinois a décidé dernièrement de durcir les conditions de sortie de capitaux de Chine afin de tenter d’empêcher des investissements qui ne répondaient plus aux objectifs premiers du pays.

Car, à travers les mouvements capitalistiques, la Chine souhaite avant tout importer dans son pays le savoir-faire européen afin de devenir à moyen terme une place forte du football mondial. Si les premiers investissements opérés par les hommes d’affaires chinois ont parfaitement répondu aux objectifs gouvernementaux, d’autres investisseurs ont surfé sur cette vague pour mettre en place des projets plus personnels. Tour d’horizon des différents mouvements actionnariaux entrepris par les investisseurs chinois.

*montant de l’investissement non communiqué

Une prise de position actionnariale minoritaire pour importer des compétences

C’est évidemment le type d’investissements privilégié par les autorités chinoises. Certains groupes chinois ont ainsi décidé d’acquérir une participation actionnariale minoritaire mais non-négligeable afin de comprendre au mieux le fonctionnement et le développement de grands clubs européens.

Ainsi, une structure d’investissements chinoise, composée notamment du groupe média China Media Capital et de la firme financière CITIC Capital a accepté en 2015 d’investir 400 M$ pour acquérir 13% du capital social de City Football Group, maison mère de Manchester City. Un investissement qui a eu l’assentiment de Xi Jinping, qui s’était déplacé en personne au centre d’entraînement de City lors d’une visite officielle à Manchester.

Le groupe d’investisseurs chinois a notamment été particulièrement attiré par le projet d’académie qui était à l’époque en cours de finalisation du côté de Manchester City. Des compétences dans le domaine de la formation que CMC et CITIC Capital, engagés dans de nombreuses écoles de football en Chine, aimeraient importer.

Le même type de mouvement a été conclu dernièrement du côté de l’Olympique Lyonnais. Club largement reconnu pour ses talents dans le domaine de la formation, le groupe dirigé par Jean-Michel Aulas a finalisé en début d’année 2017 l’entrée d’IDG Capital Partners au sein de son capital social à hauteur de 20%. Le partenaire chinois a accepté de débourser 100 M€, lui permettant notamment d’obtenir deux sièges au Conseil d’Administration et 17,7% des droits de vote.

A noter également que ces mouvements actionnariaux ne constituent pas exclusivement un apport de capitaux frais pour les clubs concernés. En s’appuyant sur les réseaux de leurs nouveaux partenaires, les clubs en question peuvent accélérer leur stratégie d’internationalisation en Chine. L’OL a notamment mis en place une joint-venture avec IDG. Une structure qui doit permettre au club rhodanien de générer de nouveaux revenus B2C (merchandising…) et B2B (prestations de consulting dans le domaine de la formation, de la construction des stades…) sur le territoire chinois.

La mise en place de synergies industrielles via l’acquisition d’un club de football

Certains investissements réalisés dans le football européen ont davantage été guidés par des intérêts privés et des effets d’opportunité. Dans ce type d’investissements, l’homme d’affaires cherche à accroître ses activités classiques en espérant créer des synergies avec sa nouvelle acquisition. Pour pouvoir orienter la gestion du club en fonction de ses activités dites principales, l’investisseur cherche à détenir une position actionnariale largement majoritaire.

En France, Wing Sang Li, patron du groupe Ledus, a déboursé 7 M€ en 2015 pour racheter 100% du capital social du FC Sochaux au groupe Peugeot. Fabricant d’ampoules LED, notamment à destination du secteur automobile, Wing Sang Li espérait à travers cette acquisition renforcer la coopération entre Ledus et le constructeur français.

Aux Pays-Bas, le nouveau propriétaire du club d’ADO Den Haag, Wang Hui, a cherché à mettre en place une stratégie similaire. Il a ainsi racheté 98% du capital social du club néerlandais contre un investissement de 7,5 M€ dans l’optique d’accroître les activités de sa société United Vansen International Sports, spécialisée dans l’événementiel sportif.

Pour le moment, le succès n’est pas à l’ordre du jour pour les deux exemples cités. Ledus semble connaître des problèmes financiers alors que le FC Sochaux ne parvient pas à remonter en Ligue 1. Du côté de l’ADO Den Haag, son nouveau propriétaire tarde à satisfaire toutes ses obligations financières.

Un investissement répondant à un projet de développement territorial

Trouver un repreneur permettant d’initier un projet générant des richesses pour l’ensemble de son territoire. C’est le défi relevé par l’OGC Nice. Le pool d’investisseurs sino-américains ayant acquis 80% du capital social du club niçois compte à terme créer des passerelles entre la Chine et l’agglomération niçoise afin d’intensifier les relations touristiques entre les deux territoires.

Sur le plan sportif, l’OGC Nice poursuit son développement avec une direction opérationnelle qui n’a pas bougé depuis le rachat du club. Si le budget du club azuréen n’a pas beaucoup augmenté via l’arrivée de ses nouveaux actionnaires, l’OGC Nice peut tout de même bénéficier de facilité de trésorerie, permettant au club de réaliser des coups sur le marché des transferts tout en réduisant ses frais financiers.

Le club azuréen profite également du carnet d’adresses de ses nouveaux investisseurs pour optimiser sa stratégie d’internationalisation en Chine. Pour la deuxième saison consécutive, le club arborera un sponsor chinois sur sa tenue officielle lors de ses rencontres européennes.

Un investissement répondant à une diversification géographique d’activités

En deux temps, le géant chinois de l’énergie CEFC a acquis 98% du capital social du Slavia Prague, l’un des clubs phares de République Tchèque. Un investissement qui répond parfaitement à la stratégie de conquête internationale menée par le groupe.

En effet, depuis 2015, l’entité européenne de CEFC a investi pour près de 875 M€ dans des projets énergétiques en République Tchèque. Et CEFC compte encore accélérer la croissance de ses activités sur ce marché, considéré comme clé par la firme chinoise. CEFC prévoit d’investir une nouvelle enveloppe de 1,175 Md€ lors des années à venir dans le pays, où le groupe compte déjà 4 000 employés.

Cette forte implantation sur le marché tchèque permet au Slavia de bénéficier d’un actionnaire qui s’inscrira très certainement dans la durée. D’ailleurs, CEFC a prévu d’injecter 50 M€ pour moderniser l’actuelle enceinte pragoise. Une autre société chinoise, Beijing Municipal Road & Bridge Corporation, sera associée à ce projet.

Un investissement répondant à une stratégie de diversification sectorielle d’activités

Le conglomérat Wanda a acquis en 2015 20% du capital social de l’Atletico de Madrid contre un investissement de 45 M€. Depuis cette première prise de position actionnariale, le conglomérat chinois a accéléré ses investissements dans le secteur en rachetant notamment l’agence Infront contre un chèque supérieur à 1 Md€. Le poids lourd chinois du secteur des loisirs et de l’immobilier compte élargir son portefeuille  en y ajoutant un secteur complémentaire à ses activités classiques. Une entrée « verticale », qui permet à Wanda de maîtriser plusieurs éléments de la chaîne de valeur liée à l’industrie footballistique.

Le groupe Suning semble suivre une stratégie similaire à celle menée par Wanda. Le géant de la distribution de biens électroniques a multiplié ses investissements dans le football au cours des dernières années. Après avoir racheté un club de Chinese Super League, Suning a acquis plus de 68% du capital social de l’Inter contre un investissement à hauteur de 280 M€.

Si les investissements chinois réalisés au sein du football européen répondent à des motivations plus diverses qu’il n’y parait, le mouvement pourrait néanmoins connaître un ralentissement au cours des prochains mois en raison des nouvelles velléités du gouvernement chinois. Le cas du Milan AC – où le nouveau propriétaire du club a dû faire appel à un fonds d’investissement américain pour conclure le deal – illustre la volonté du gouvernement chinois de réorienter les capitaux au sein du football national.

Source photo à la Une : Wikipedia.org – CC BY-SA 4.0

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