
Photo Xavier Parenteau
Aucune organisation sportive ne peut désormais faire l’économie d’une adaptation de ses activités aux enjeux environnementaux. Le pic de chaleur (très) précoce récemment subi en France constitue une véritable piqure de rappel. Mais alors que la plupart des acteurs du sport sont conscients des risques liés au dérèglement climatique et la nécessité d’agir ; moins nombreux sont ceux qui parviennent à structurer une véritable feuille de route environnementale avec une trajectoire claire et précise. Xavier Parenteau, Co-Fondateur d’Ipama, structure accompagnant et formant de nombreux acteurs du sport à la transition écologique, nous livre ses analyses et retours d’expérience.
Les organisations sportives françaises prennent-elles de plus en plus en compte les enjeux et risques climatiques dans la conduite de leurs activités ?
C’est assez hétérogène, tout comme l’est le secteur sport dans son entièreté. Malgré cette disparité de maturité, les organisations sportives (comme toute organisation) doivent prendre en compte ce sujet pour assurer la durabilité et la continuité de leur activité. Ces derniers mois nous avons franchi un cap. Nous complétons la logique d’atténuation – réduire ses déchets, ses consommations, ses émissions – par une nécessaire résilience et adaptation. Au-delà de son impact direct ou indirect, le sport a compris qu’il joue aussi sa survie opérationnelle.
Le grand et récent accélérateur, c’est le déploiement opérationnel du PNACC Sport (ndlr : Plan National d’Adaptation des Pratiques Sportives au Changement Climatique). Les organisations doivent désormais aligner leurs modèles sur la TRACC (ndlr : Trajectoire de Réchauffement de Référence pour l’Adaptation au Changement Climatique). Par ailleurs, les chiffres de la Grande Consultation du Sport montrent l’urgence :
➡️ 94 % des responsables de clubs se déclarent directement vulnérables aux chocs climatiques et énergétiques.
➡️ Plus de 89 % anticipent qu’ils devront réduire, arrêter ou adapter la pratique (canicules, restrictions d’eau, infrastructures inadaptées
Le sport français ne se demande plus s’il faut changer, mais comment changer et appliquer les 30 mesures nationales d’adaptation d’ici 2030.
Si ces chiffres illustrent la menace sur la pratique de masse, le sport professionnel fait face à un risque financier et business immédiat : explosion des coûts assurantiels, obsolescence énergétique des enceintes sportives, et risques de rupture des contrats de diffusion ou de sponsoring en cas de report climatique des matchs.
Comment accompagnez-vous les organisations sportives dans leur politique environnementale ?
Le principal défi aujourd’hui est de dépasser l’engagement “artisanal” le “coup par coup”. Les structures ont de la bonne volonté, mais elles manquent encore de méthode pour ancrer ces engagements au cœur des activités quotidiennes des équipes.
Chez Ipama, notre pôle Sport, dirigé par Matthieu Joubert, est justement au cœur de cette structuration nationale. Par exemple, nous travaillons sur le PNACC Sport pour le ministère des Sports, notamment dans le cadre de la formation des dirigeants du sport. L’objectif est de leur donner les clés de lecture et les outils pour piloter cette trajectoire d’adaptation. En parallèle, nous intervenons sur le programme national Mob’Sport, où nous préparons la sensibilisation et l’accompagnement des acteurs du sport amateur pour décarboner le premier poste d’émission du secteur : la mobilité, qui représente plus de 80 % de l’empreinte énergétique et carbone du sport.
Sur le terrain, cet accompagnement se traduit aussi par des actions concrètes et notre enjeu est de faire en sorte que les équipes s’emparent du sujet, deviennent autonomes et le font évoluer.
➡️ La structuration méthodologique : nous traduisons les grands plans nationaux en feuilles de route opérationnelles, en nous appuyant sur les méthodologies d’accompagnement au management responsable développées par nos équipes et adaptées à chaque cas et en formant les équipes grâce au soutien de leur OPCO (ex : Afdas). Nous nous appuyons très souvent sur des cadres pertinents comme la charte des 15 engagements du Ministère des Sports, le label Fair Play For Planet ou encore des normes comme l’ISO 20121 pour les GESI ou les lieux …
➡️ L’utilité sociale : portés par notre agrément ESUS, nous veillons à ce que la transition écologique reste juste, inclusive et accessible à tous. Les acteurs associatifs du sport, notamment, sont aussi des structures de l’Économie Sociale et Solidaire.
Avec quelles organisations sportives avez-vous déjà collaboré ? Vos clients partagent-ils des caractéristiques en commun ?
Ipama collabore avec une grande diversité d’acteurs : des fédérations nationales, des ligues professionnelles, des comités territoriaux ainsi que des clubs de toutes tailles. Mais aussi des agences, des syndicats, des comités d’organisation de Grands Événements Sportifs Internationaux, des prestataires.
Pour faciliter le passage à l’action, nous mobilisons des leviers de financement stratégiques, à l’image du dispositif d’appui-conseil RSE de l’Afdas, qui est particulièrement adapté aux structures sportives. Grâce à ce mécanisme, nous avons pu accompagner par exemple le CROS Nouvelle-Aquitaine, la Fédération Française de Football, des ligues de Voile mais aussi piloter des dynamiques collectives pour plusieurs ligues d’Occitanie (dont le foot et le rugby) ou encore structurer la démarche RSE de plusieurs clubs de football de National sur 2 ans.
Au-delà de leur discipline, de leur culture managériale, de leur territoire ou de leur taille, nos clients partagent tous trois caractéristiques majeures :